
Les États-Unis renforcent leur intérêt pour l’uranium nigérien. La banque américaine de développement, la Development Finance Corporation (DFC), a approuvé une facilité de crédit de 414,2 millions de dollars en faveur de la société canadienne Global Atomic pour soutenir le développement de la mine d’uranium de Dasa, dans la région d’Agadez.
L’annonce, faite le 16 septembre 2026 par Global Atomic, constitue une étape importante pour ce projet, mais le financement n’est pas encore définitivement débloqué. Plusieurs conditions doivent encore être remplies avant le démarrage effectif de l’exploitation.
Plusieurs conditions avant le démarrage
Parmi les principales exigences figure la mise en place d’une route viable pour exporter le yellowcake, le concentré d’uranium produit par la future mine. La voie initialement envisagée, longue d’environ 2 000 kilomètres et passant par le Bénin jusqu’au port de Cotonou, reste actuellement fermée.
Global Atomic indique également que le Niger doit prolonger la convention minière et le permis d’exploitation dans des conditions compatibles avec le financement de la DFC. Des garanties du gouvernement nigérien concernant le remboursement du prêt ainsi qu’un accord direct avec les autorités nigériennes doivent également être négociés avant la finalisation du financement.
Une production prévue à partir de 2028
Le projet Dasa est développé par Global Atomic à travers la Somida, une société basée au Niger dont 80 % du capital appartient à Global Atomic et 20 % à l’État nigérien.
Le gisement, découvert en 2010 dans le bassin uranifère de Tim Mersoï, dans la région d’Agadez, a été autorisé en 2020 et son développement a débuté en 2022.
Selon Global Atomic, la production commerciale pourrait commencer au second semestre 2028. La société affirme également avoir déjà conclu des accords d’enlèvement portant sur une partie de la future production et avoir réalisé des travaux souterrains jusqu’à la zone minéralisée.
Washington cherche à sécuriser son approvisionnement en uranium
L’intérêt américain pour Dasa intervient dans un contexte de recherche de nouvelles sources d’approvisionnement en uranium. Les États-Unis restent fortement dépendants des importations pour alimenter leur secteur nucléaire.
Selon les éléments rapportés dans l’article, seulement 7 % de l’uranium livré en 2025 aux exploitants de réacteurs civils américains provenait de sources nationales. Le reste provenait principalement du Canada, du Kazakhstan et de l’Australie.
Global Atomic affirme par ailleurs avoir déjà sécurisé des contrats représentant 8,8 millions de livres d’uranium pour les sept premières années d’exploitation, dont environ 90 % destinés à des compagnies d’électricité américaines.
Le financement de la DFC apparaît donc comme un soutien au développement du projet nigérien, mais aussi comme un moyen pour les États-Unis de diversifier leurs sources d’approvisionnement en uranium dans la perspective d’un développement de leur capacité nucléaire.
L’Algérie comme alternative au corridor béninois
La question du transport constitue désormais l’un des principaux enjeux du projet. La fermeture de la frontière et de la route commerciale avec le Bénin oblige les acteurs du projet à rechercher une alternative.
Une voie passant par l’Algérie est ainsi envisagée, dans le contexte du rapprochement entre Alger et Niamey. Cette option pourrait permettre au Niger de disposer d’un nouvel itinéraire pour acheminer le yellowcake vers les marchés internationaux.
La situation reste cependant liée au contexte sécuritaire et diplomatique régional. Le Niger est confronté à la menace de groupes armés dans plusieurs régions et ses relations avec certains de ses voisins ont été profondément affectées depuis le changement de régime de 2023.
Le retour des intérêts américains au Niger
L’investissement intervient également après le retrait des forces américaines du Niger. Les États-Unis avaient notamment été priés de quitter leur base de drones d’Agadez en 2024.
L’annonce du financement de Dasa a donc suscité des réactions au Niger. Certains observateurs y voient le signe d’un retour de l’intérêt américain pour le pays, cette fois sur le terrain économique et minier.
Bana Ibrahim, membre du Conseil consultatif de la refondation, estime toutefois qu’il faut distinguer un financement américain destiné à un projet minier privé d’un accord politique ou stratégique entre les gouvernements nigérien et américain.
Il affirme que le Niger peut mettre fin à une coopération militaire tout en continuant à accepter des investissements américains lorsqu’ils correspondent à ses intérêts économiques.
Une diversification des partenaires
Le dossier Dasa s’inscrit plus largement dans la volonté affichée par les autorités nigériennes de diversifier leurs partenaires dans le secteur minier et notamment dans l’uranium.
Après la nationalisation des actifs d’Orano, le Niger s’appuie notamment sur Global Atomic, mais aussi sur d’autres partenaires étrangers. Des discussions sont menées avec l’australien Goviex autour du projet de Madaouela, tandis que la Chine reste présente à travers la mine d’Azelik.
Le ministre nigérien des Mines, Abarchi Ousmane, s’est récemment rendu en Chine pour rencontrer des responsables de la China National Nuclear Corporation (CNNC), dans le cadre du renforcement de la coopération entre les deux pays.
Le financement de Dasa par la DFC américaine marque ainsi une nouvelle étape dans la recomposition des partenariats autour de l’uranium nigérien. Mais avant que les 414,2 millions de dollars ne puissent effectivement soutenir l’exploitation du gisement, Niamey et Global Atomic devront encore régler plusieurs questions, au premier rang desquelles figure l’établissement d’une route d’exportation sécurisée et viable.






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