(exclusif) Organisation mondiale des douanes Opération ZAFIRO: 1,2 tonne de drogue et 11 avions saisis, 16 œuvres d’art interceptées en Côte d’Ivoire

Une vaste opération douanière internationale contre la criminalité utilisant l’aviation générale a permis de saisir près de 1,2 tonne de stupéfiants et 11 aéronefs légers. En Côte d’Ivoire, les contrôles ont également révélé une affaire intrigante : 16 œuvres d’art soigneusement emballées ont été découvertes, sans déclaration douanière, à bord d’un vol à destination de Lagos.

L’Organisation mondiale des douanes (OMD) vient d’achever l’opération ZAFIRO, troisième et plus importante opération internationale menée dans le cadre de son Projet COLIBRI, financé par l’Union européenne.

Pendant seize jours, les administrations douanières, forces de police, unités antidrogue, autorités de l’aviation civile et forces armées de 19 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, d’Amérique latine et des Caraïbes ont coordonné leurs actions pour surveiller l’aviation générale, c’est-à-dire principalement les aéronefs privés opérant en dehors des services commerciaux réguliers.

Au total, 1 431 contrôles ont été effectués. L’opération a donné lieu à 15 saisies, dont quatre portant sur près de 1,2 tonne de stupéfiants. Onze aéronefs légers ont également été saisis lors d’opérations antidrogue dans le département bolivien du Beni. Des dizaines de pistes clandestines ont par ailleurs été identifiées.

Abidjan au cœur du dispositif africain

Pour la première fois, trois unités de coordination opérationnelle ont travaillé simultanément. Le centre principal était installé à Lisbonne, tandis que deux unités régionales étaient basées à Abidjan, en Côte d’Ivoire, et à Buenos Aires, en Argentine.

Ce dispositif permettait aux analystes d’identifier un départ suspect, de vérifier les informations disponibles et d’alerter le pays de destination alors que l’aéronef était encore en vol. Les autorités pouvaient ainsi préparer le contrôle avant même son atterrissage.

L’opération a notamment permis d’importantes saisies en Amérique latine. Au Brésil, 490 kg de cocaïne ont été découverts dans une zone rurale de l’État du Tocantins, à proximité d’une piste clandestine et d’un aéronef présentant des signes de modification structurelle.

En Argentine, deux saisies totalisant plus de 500 kg de cocaïne ont été reliées à des enquêtes sur des réseaux utilisant des avions légers. Au Paraguay, les autorités ont également intercepté 262 kg de cannabis dans le cadre de l’opération.

Côte d’Ivoire : le mystère des 16 œuvres d’art

En Côte d’Ivoire, les douaniers ont fait une découverte d’une tout autre nature. Lors du contrôle d’un vol d’aviation générale à destination de Lagos, au Nigeria, ils ont découvert 16 œuvres d’art soigneusement emballées et transportées sans déclaration en douane.

Des poursuites ont été engagées et le dossier a été transmis à plusieurs services partenaires, dont INTERPOL, afin de poursuivre les investigations.

Plusieurs zones d’ombre demeurent cependant. Les informations communiquées par l’OMD ne précisent ni la nature exacte de ces œuvres, ni leur valeur, ni leur provenance, ni l’identité de leur propriétaire ou des personnes chargées de leur transport. Il n’est donc pas possible, à ce stade, de conclure qu’il s’agit d’un trafic d’œuvres d’art : ce qui est établi est leur transport sans déclaration douanière.

Drogue, or, armes et argent liquide

L’opération ZAFIRO met surtout en lumière les risques liés à l’utilisation criminelle de l’aviation générale. Les petits appareils peuvent utiliser des pistes isolées et bénéficient parfois d’une surveillance moins importante que les vols commerciaux réguliers.

Selon l’OMD, des réseaux criminels exploitent cette souplesse pour transporter non seulement des stupéfiants, mais également de l’or, des armes et des espèces. L’utilisation irrégulière de certains aéronefs peut aussi entraîner d’importantes pertes de recettes douanières et fiscales pour les États.

Au Sénégal, par exemple, le contrôle d’un appareil a permis de constater qu’il continuait d’être exploité dans le pays au-delà de la période autorisée par son régime d’admission temporaire. Des vérifications plus larges ont ensuite révélé plusieurs situations similaires, certaines remontant à plusieurs années.

Du golfe de Guinée vers l’Europe

La cartographie réalisée pendant ZAFIRO a également permis de mieux visualiser les mouvements internationaux de l’aviation générale. L’OMD relève notamment une concentration de vols entre le golfe de Guinée et des destinations européennes, ainsi qu’un corridor reliant la côte est de l’Amérique du Sud à l’Europe.

L’organisation souligne néanmoins que l’immense majorité de ces vols est licite. Seuls les appareils présentant des facteurs de risque font l’objet d’un ciblage renforcé et d’échanges d’informations entre pays.

Avec ZAFIRO, l’OMD entend ainsi faire évoluer la lutte contre les trafics aériens : plutôt que de multiplier les contrôles au hasard, les services douaniers s’appuient davantage sur le renseignement, les données de vol, l’analyse des itinéraires et la coopération internationale.

En Côte d’Ivoire, l’affaire des 16 œuvres d’art pourrait constituer l’un des dossiers à suivre de cette opération internationale. Leur origine, leur valeur, leur destination finale et les circonstances de leur transport vers Lagos restent, pour l’heure, à éclaircir.

Le communiqué de presse complet [sous ce lien] fournit des informations supplémentaires sur l’opération ZAFIRO, la coopération internationale qui la sous-tend et ce que ces résultats signifient pour la lutte contre la criminalité via l’aviation générale.

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