Le Mouvement des générations capables (MGC) a vu, ces derniers mois, plusieurs de ses membres, et non des moindres, quitter le parti. Certains de ces départs seraient motivés par le sentiment que le parti ne vit pas toujours les valeurs qu’il proclame. En soi, des démissions dans un parti politique n’ont rien d’exceptionnel. Tout parti connaît, à un moment ou à un autre, des départs, des désaccords et des ruptures. Ce qui mérite davantage notre attention, ce n’est donc pas tant le fait que des militants quittent le MGC que la manière dont ces démissionnaires sont perçus et traités.
Cette pratique, du reste, n’est pas propre au MGC. Dans beaucoup de formations politiques africaines, celui qui quitte le parti est immédiatement soupçonné de trahison. Il devient, selon les circonstances, « sans valeurs », cupide, opportuniste ou encore « chercheur de gains faciles ». Comme si quitter un parti politique constituait en soi une faute morale ou un crime contre la collectivité ! Plus grave encore, on voudrait parfois interdire à ceux qui partent d’expliquer les raisons de leur décision. Pourquoi cette volonté de réduire au silence celui qui reprend sa liberté ?
Où est-il écrit que celui qui démissionne doit partir sur la pointe des pieds, sans expliquer son choix, comme s’il avait quelque chose à se reprocher ? Une démission peut être un acte de responsabilité. Elle peut signifier que quelqu’un refuse de continuer à défendre publiquement des valeurs auxquelles il ne croit plus dans la pratique. Elle peut aussi être une manière de rester fidèle à ses convictions plutôt que de demeurer dans un cadre où l’on ne se reconnaît plus.
Le professeur Dominique Traoré, Irène Gohourou, Agoh Marthe Zadi, Camille Bleziri Krouba ou Jean-Claude Kouao ne sont ni des désœuvrés affamés, ni des personnes agitées, ni des illuminés excessifs. Leur départ devrait donc être pris au sérieux. Lorsqu’autant de personnes connues pour leur engagement décident de quitter un mouvement, la réaction la plus intelligente n’est pas l’insulte, la dérision ou le procès d’intention. C’est l’introspection. Il faut se demander : qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Pourquoi ces personnes qui ont cru hier à notre projet ne veulent-elles plus aujourd’hui y consacrer leur énergie ?
Un parti politique qui se veut démocratique doit savoir entendre la critique, y compris lorsqu’elle vient de ceux qui le quittent. Refuser d’écouter les démissionnaires, c’est se priver volontairement d’un miroir. Or, un parti qui ne supporte plus de se regarder dans le miroir finit toujours par confondre fidélité et soumission, discipline et silence, unité et unanimisme.
Le départ de ces personnalités soulève également une autre question, plus délicate : celle du renouvellement des générations au sein des partis politiques. Simone Ehivet a-t-elle eu raison de rester à la tête du MGC ? N’aurait-elle pas été plus utile au mouvement en laissant la direction à une génération plus jeune, tout en demeurant une conseillère, une guide et une référence ? Il ne s’agit nullement de nier son expérience ou son engagement. Il s’agit de rappeler une vérité élémentaire : l’expérience devient véritablement féconde lorsqu’elle permet à d’autres de prendre leur place.
Au lendemain de l’arrivée du FPI au pouvoir, Sangaré Aboudramane n’avait-il pas estimé que sa génération — Laurent Gbagbo, Simone Ehivet, Assoa Adou et lui-même — avait accompli sa mission et que la relève devait être assurée par une nouvelle génération, celle des Affi N’Guessan ? Cette conception de la responsabilité politique mérite d’être méditée. Elle rappelle qu’un mouvement ne peut pas être éternellement prisonnier de ceux qui l’ont fondé ou dirigé à ses débuts.
La politique ne devrait pas être une affaire de personnes installées définitivement dans les fauteuils. Elle devrait être un lieu de transmission, de renouvellement et de passage de témoin. Celui qui aime véritablement une organisation doit être capable de penser à son avenir au-delà de sa propre personne.
C’est pourquoi le vrai leader n’est pas nécessairement celui qui reste le plus longtemps sur scène. C’est celui qui sait reconnaître le moment où il faut transmettre, se retirer, conseiller et laisser d’autres poursuivre l’œuvre commencée. Le vrai leader est celui qui sait quitter la scène à temps, avant que sa présence ne devienne un obstacle à la relève.
Jean-Claude Djéréké






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