Bin-Houyé et Goulaleu : le PNLTA mobilise la jeunesse contre les addictions

Du 05 au 09 août 2026, le Programme National de Lutte contre le Tabagisme, l’Alcoolisme, la Toxicomanie et les autres Addictions a sillonné les sous-préfectures de Bin-Houyé et Goulaleu, dans le département de Zouan-Hounien, dans la région du Tonkpi. Objectif : alerter les jeunes face à la montée du « Kadhafi », du cannabis, de l’alcool, de la chicha, des puffs et des jeux de hasard et d’argent. Autorités et communautés plaident pour une réponse urgente et multisectorielle.

LE PROBLÈME DE LA DROGUE ET DE L’ALCOOL EST VRAIMENT PRÉOCCUPANT À BIN-HOUYÉ ET GOULALEU

Dans la grande salle des fêtes de la sous-préfecture de Bin-Houyé, plus de 200 jeunes, chefs traditionnels, autorités et leaders religieux étaient réunis le samedi 08 août 2026. Au menu : comprendre les dangers des addictions et trouver des solutions locales.

C’est dans un contexte national préoccupant que cette mission s’est tenue. Selon le PNLTA, 66 % des 4 200 patients pris en charge en 2025 pour des troubles liés aux drogues avaient moins de 35 ans. Dans le Tonkpi, une étude estime à 1 573 le nombre d’usagers de drogues injectables à Man, avec 3 % de prévalence du VIH.

« Le problème est vraiment préoccupant ici. » À Bin-Houyé et Goulaleu, les signaux d’alerte se multiplient : consommation d’alcool local « KINDJOUS », de comprimés détournés appelés « Kadhafi », de cannabis cultivé sur les rives du Cavally, de chicha et de puffs. Sans oublier l’engouement pour les jeux de hasard.

« Des cas de cirrhose hépatique ont été observés chez des personnes de moins de 30 ans. Nous avons aussi des épisodes d’intoxication aiguë liés au Kadhafi », alerte le Dr Touré Aboubakar, médecin-chef du Centre de Santé Urbain de Bin-Houyé.

Face à cette situation, le sous-préfet de Bin-Houyé, M. Zuéhi Bi Zuéhi Samson, n’a pas mâché ses mots : « Le problème de la drogue, de l’alcool est vraiment préoccupant ici. On a besoin de ces initiatives. Je m’implique totalement. La sécurité de ma localité est en jeu. »

SENSIBILISER, ORIENTER, AGIR

Pendant cinq jours, l’équipe du PNLTA, conduite par le Dr TIA Félicien Yomi, bio-anthropologue, enseignant à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody, et M. Fidèle NETO, communicateur, conseiller en communication du Directeur Coordonnateur du PNLTA, Dr Zotua Ernest, a combiné rencontres institutionnelles et actions de terrain.

Au programme : échanges avec les autorités coutumières, politiques et sanitaires, mais aussi une grande séance de sensibilisation et une tournée nocturne dans 10 maquis et bars pour vulgariser le décret du 15 janvier 2025 interdisant de fumer et de vapoter dans les lieux publics.

Une vingtaine d’affiches d’interdiction de fumer dans les espaces publics, portant les mentions « INTERDIT DE FUMER ET DE VAPOTER » et « FUMER, VAPOTER TUE LES FUMEURS ET LES NON-FUMEURS », extraites de l’article 19 relatif à l’interdiction de fumer dans les lieux publics et les transports en commun de la loi N°2018-676 relative à la lutte antitabac en Côte d’Ivoire, ont été remises et apposées.

Il s’agit ici de « donner aux jeunes les bonnes informations pour qu’ils fassent des choix responsables et valoriser des alternatives saines à travers une prise de conscience réelle ».

UN TABOU POLITIQUE QUI FREINE LA LUTTE

Les échanges ont aussi mis au jour une difficulté : la peur d’une récupération politique.

« Cette histoire de drogue là, on a tous peur de se prononcer dessus. Demain, ça va sortir dans le journal. Mais retenez que le problème se pose vraiment ici », confie une autorité politique locale.

Un paradoxe que la mission veut lever en faisant des addictions une cause de santé publique, au-delà des clivages.

LES RECOMMANDATIONS

À l’issue de la mission, le PNLTA recommande :

  • une campagne intensive de sensibilisation dans toutes les localités ;
  • la création d’une plateforme locale multisectorielle impliquant l’administration, la santé, la jeunesse et la chefferie ;
  • le renforcement de la prise en charge et de l’orientation au centre de santé ;
  • le développement d’alternatives économiques et sportives pour occuper la jeunesse.

Avec l’engagement affiché des autorités et la mobilisation des jeunes, la mission de Bin-Houyé et Goulaleu pose les bases d’une dynamique. Reste à la consolider pour éviter que la consommation ne se banalise et ne compromette l’avenir de toute une génération.

Fidèle NETO

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