Adiopodoumé EPP ORSTOM: une école sexagénaire à l’agonie au cœur de la forêt du CNRA

Au cœur de la forêt dense du Centre national de recherche agronomique (CNRA), dans le village d’Adiopodoumé, commune de Songon, l’école primaire publique (EPP) ORSTOM porte les traces de plus de six décennies d’histoire scolaire. Construite en 1956, elle a accueilli plusieurs générations d’élèves, dont certains sont devenus des cadres du pays.

Aujourd’hui, l’établissement, qui compte plus de 500 élèves, fait face à la dégradation de ses infrastructures. Ses murs se fissurent et s’effritent sous l’effet du temps et des eaux de ruissellement, tandis que l’environnement de l’école témoigne de l’urgence des travaux de réhabilitation. Reportage à l’EPP ORSTOM d’Adiopodoumé, une école confrontée à la dégradation de ses infrastructures.

Des bâtiments en ruine : toitures percées, plafonds effondrés, sols fissurés

Mardi 4 août 2026, l’équipe de l’AIP a franchi le portail de ce groupe scolaire composé de deux établissements totalisant douze classes. Dès l’entrée, le spectacle est saisissant. Les toitures, jadis protectrices, sont aujourd’hui trouées comme une dentelle, laissant filtrer la lumière et la pluie. Les plafonds, absents dans la plupart des salles, dévoilent des charpentes rongées par l’humidité. Les sols, fissurés, portent les stigmates des eaux de ruissellement.

« Les bâtiments sont solides, mais leur état de dégradation est très avancé. Nous n’avons plus de plafonds. Les toitures coulent en plusieurs endroits. Pendant la saison des pluies, nous sommes obligés de déplacer les élèves d’un côté de la salle pour les mettre à l’abri, et nous plaçons des seaux pour recueillir l’eau. Mais les enfants évoluent toujours dans un environnement humide et dangereux », déplore le directeur de l’EPP 1, N’guéré Kouadio Gérard.

M. N’guéré enfonce le clou en annonçant qu’il n’y a pas également de latrines. Les élèves, filles et garçons, sont contraints de se rendre dans la brousse environnante pour faire leurs besoins. Un danger permanent.

En 2024, un enfant a été attaqué par un cobra cracheur. Heureusement, l’intervention a été rapide. Mais chaque jour, les menaces sont là. Des morsures de serpents, piqûres de scorpions, et pour les petites filles, le risque de viol, isolées dans la brousse.

L’eau de ruissellement : une menace quotidienne

Le véritable fléau de l’école est l’eau de ruissellement qui dévale de la cité Ado, en amont.

« Elle arrive en force, traverse les canaux et s’engouffre dans la cour, érodant les sols, emportant tout sur son passage. Une partie de l’eau pénètre même dans les classes. J’ai vu l’eau arriver jusqu’à la poitrine d’un enfant, qu’il a fallu secourir. Un autre jour, un arbre est tombé, emporté par la force des flots », raconte Mme Yobouet, directrice adjointe de l’EPP 2.

Le danger est mortel. L’eau se déverse directement dans la lagune voisine, créant un courant violent. « Si un enfant se trouve sur la trajectoire, il peut être entraîné jusqu’à la lagune », s’alarme-t-elle.

Traverser l’autoroute pour un repas : un danger permanent

Faute de cantine, les enfants doivent traverser l’autoroute à proximité pour se nourrir. Un calvaire quotidien. « Ils sont obligés de traverser cette route très fréquentée pour aller chercher de quoi manger. Un vigile est parfois présent, mais il arrive qu’il soit absent. Un élève de CP2 a récemment été heurté par une voiture. Heureusement, il a eu plus de peur que de mal », confie la directrice de l’EPP 2, Mme Gueye Caroline.

Certains parents, terrifiés, ont retiré leurs enfants. Le directeur compte déjà cinq retraits cette année. « Les parents ont peur pour la sécurité de leurs enfants », explique-t-il.

Des parents et élèves désespérés

« Depuis 2018, date de la construction de la cité Ado, l’eau de ruissellement a tout détruit. Les enfants vivent dans une insécurité permanente, entre les serpents, la traversée de l’autoroute et les inondations », témoigne Mme Traoré, mère de quatre enfants.

Sans cantine, les plus démunis ne mangent pas à midi. « Nous avons un enfant très brillant, Pacoura Osey, qui vient parfois sans un franc en poche. Il reste assis, le ventre vide. Si l’école avait une cantine, il pourrait manger et travailler. Parfois, nous partageons notre repas avec eux », confie Mme Traoré.

COGES et chefferie : un cri de cœur partagé

« L’école est dans un état de dégradation avancé. Pas de latrines, pas de clôture, pas de cantine. Les parents craignent les morsures, les scorpions, l’insuffisance de bancs, l’écroulement des bâtiments », confirme, le président du COGES, Aristide Logbo.

Le COGES a mobilisé 1,5 million de FCFA avec l’aide de la chefferie, mais cela reste insuffisant. « Il faut une canalisation, une cantine, une clôture et la réhabilitation des bâtiments. Si rien n’est fait, nous craignons un accident », alerte-t-il.

Le secrétaire général de la chefferie, Djoké Alexis, renchérit. Il souligne que cette école a formé des cadres, mais sa réhabilitation est un souci depuis quinze ans.

« Nous vivons avec peine cette dégradation. L’absence de clôture expose les enfants à la lagune. Sans cantine, ils peinent à s’alimenter, et certains ne reviennent pas l’après-midi », révèle M. Djoké.

Au nom du chef du village, il lance un appel au gouvernement et aux partenaires au développement afin qu’ils apportent leur soutien à la réhabilitation de l’école, à la canalisation des eaux de ruissellement, à la reconstruction de la clôture ainsi qu’à la construction de latrines et d’une cantine scolaire.

« Que toute personne capable de nous aider vienne à notre soutien, pour le bonheur de tous », sollicite-t-il.

(AIP)

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