
L’Assemblée générale de l’ONU a adopté, le 25 mars 2026, une résolution historique qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave crime contre l’humanité ». Le texte a recueilli 123 voix pour, 3 voix contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont la France et les États membres de l’Union européenne). Pour autant, le débat n’est pas clos. Des États comme le Ghana sont très en pointe sur la question. Un pool d’avocats noirs américains aurait été mobilisé sur cette cause. Pour ces États et pour l’Union africaine, la prochaine étape est d’exiger des « réparations ».
La traite négrière doit être située dans son contexte. Elle a débuté dans les années 1500. Vers 1750, les premières restrictions apparaissent en Europe sur le commerce des esclaves, et l’abolition se met peu à peu en place à partir des années 1800. La pensée universelle a progressivement mûri pour aboutir aux critères qui ont permis de considérer la traite négrière comme un crime contre l’humanité. L’abolition résulte de deux siècles d’évolution des normes qui gouvernent les sociétés humaines. On peut facilement condamner aujourd’hui la traite, mais il fut un temps où elle était admise.
Qui faut-il blâmer ? La réponse n’est pas évidente, contrairement à ce que l’on pense. Dans les Amériques, lorsque la question de la main-d’œuvre dans les plantations s’est posée, les Européens n’ont pu réduire les Indiens en esclavage parce que cette pratique leur était inconnue. En Afrique, en revanche, le terrain était propice, car les esclaves faisaient déjà l’objet d’échanges et de commerce entre les royaumes. La traite a consisté à les vendre aux Européens. Ainsi, elle est la conséquence d’un esclavage qui se pratiquait déjà en Afrique. Les Africains sont donc, en partie, comptables de cette tragédie.
Il y a aussi la traite orientale, mise en place par les Arabes. Elle a débuté avant la traite occidentale et s’est poursuivie bien après celle-ci. Dans les années 1890, on trouvait encore des bateaux négriers transportant des Noirs d’Afrique de l’Est vers les pays arabes. Pourtant, on n’entend pas vraiment de condamnation des pays arabes de la part des Africains, qui préfèrent se focaliser uniquement sur les Européens. C’est une perception à corriger. La traite orientale ne peut être ignorée, compte tenu de sa durée et de son ampleur.
La question des réparations : un véritable serpent de mer
Après la condamnation, les États africains envisagent de soumettre une résolution aux Nations unies afin d’exiger des « réparations ». Mais la question risque de s’avérer complexe à résoudre. Le premier défi consistera à identifier les « coupables ». Faut-il condamner les seuls Européens, ou en faire de même pour les Arabes et même pour des Africains ? Après cela, il faudra établir une estimation raisonnable du nombre d’esclaves déportés. Dans les années 1960, on parlait de 150 millions de personnes, puis de 60 millions, ensuite de 20 millions. Aujourd’hui, on évoque environ 12 millions pour la traite transatlantique.
Il faudra ensuite répartir ce nombre selon les régions ou les pays. Les zones où la traite fut la plus intense sont connues : la côte sénégalaise, le Dahomey, le Kongo, le Ndongo (l’Angola actuel). S’il devait y avoir des « réparations », ce sont naturellement ces zones qui seraient avantagées. Or, la répartition des flux en fonction de chaque zone sera quasiment impossible à établir. Enfin, il y a la question du calcul des « réparations ». Va-t-on attribuer une somme pour chaque esclave déporté ? Financer des projets dans ces zones ? Accorder une « somme symbolique » aux États ?
En fin de compte, on peut légitimement se demander si exiger des « réparations » est réaliste. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de « cet argent » ? Réclamer des « réparations » a tout l’air d’une nouvelle forme de mendicité. Les Africains doivent cesser de revenir sans cesse sur la colonisation et l’esclavage. Ils doivent sortir de la logique qui consiste à toujours accuser « l’Occident » et se concentrer sur l’essentiel : les défis économiques qu’ils peinent à relever (chômage, corruption, misère, sous-développement…), ainsi que les défis de gouvernance (opposition muselée, justice aux ordres…). Ce sont ces défis qui doivent mobiliser les énergies, et non une lutte pour d’hypothétiques « réparations ».
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales






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