Un projet immobilier de luxe sous le feu des critiques
Le projet immobilier haut de gamme « Les Bains Abatta », situé dans la zone Est d’Abidjan, fait l’objet de vives controverses. Selon une enquête publiée par Enquête Média, le complexe résidentiel porté par San Sévérina Développement et commercialisé par Kobes Group aurait bénéficié d’importants travaux de remblayage réalisés sur le domaine public lagunaire, malgré les restrictions prévues par le Décret n°2019-591 du 3 juillet 2019.
D’après cette enquête, près de 3 750 m² auraient été gagnés sur la lagune Ébrié entre 2023 et 2025 afin d’étendre l’emprise du projet immobilier, notamment pour l’aménagement d’infrastructures présentées comme une marina privée, une piscine à débordement et des espaces de stationnement.
Des données satellitaires au cœur des accusations
Les auteurs de l’enquête affirment s’appuyer sur des analyses d’imagerie satellitaire (GEOINT) comparant l’état du littoral en 2019 et en 2025. Selon leurs conclusions, une importante plateforme artificielle aurait été créée plusieurs années après l’entrée en vigueur du décret encadrant strictement les opérations de remblayage des domaines publics maritimes, lagunaires et fluviaux.
L’enquête soutient que cette opération serait incompatible avec les dispositions de l’article 8 du décret, qui interdit notamment les remblayages réalisés à des fins économiques ou immobilières.
Une plus-value estimée à plusieurs milliards de FCFA
Toujours selon Enquête Média, l’opération aurait généré une forte valorisation immobilière. Les appartements commercialisés dans le complexe seraient proposés entre 190 et 290 millions de FCFA l’unité.
Le média estime que la valorisation créée par l’utilisation de cette superficie supplémentaire pourrait représenter près de 8 milliards de FCFA. Ce montant n’a toutefois fait l’objet d’aucune évaluation officielle rendue publique à ce jour.
Des interrogations sur les autorisations administratives
L’affaire soulève également des questions sur les procédures administratives ayant accompagné le projet.
L’enquête s’interroge notamment sur le rôle de plusieurs institutions, parmi lesquelles le ministère de la Construction, le Centre Ivoirien Anti-Pollution (CIAPOL) ainsi que les autorités chargées des affaires maritimes et portuaires.
Les auteurs du dossier demandent notamment quelles autorisations ont été délivrées et si les vérifications prévues par la réglementation ont été effectuées avant le lancement des travaux.
Un précédent pour la protection de la lagune Ébrié
Au-delà du cas spécifique des Bains Abatta, cette affaire relance le débat sur la protection des espaces lagunaires à Abidjan, soumis à une forte pression foncière.
Pour les observateurs du secteur, l’issue de ce dossier pourrait constituer un test important pour l’application effective du Décret n°2019-591 du 3 juillet 2019. Si les faits dénoncés étaient confirmés par les autorités compétentes, ils pourraient créer un précédent majeur dans la gestion des opérations immobilières réalisées sur les zones lagunaires de la capitale économique ivoirienne.
À ce stade, les autorités concernées ainsi que les promoteurs cités n’ont pas, à notre connaissance, publiquement réagi aux accusations formulées dans cette enquête.
Avec Enquête Média





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