
Abidjan se veut une métropole moderne. Nul ne voudrait contester cette noble volonté. . Nous nous rappelons encore les pluies de 2023 qui ont emporté des vies à Gesco, Boribana, Yopougon. Les emprises de voies ont été bloquées, les caniveaux bouchés. Au regard de toutes ces catastrophes, il était urgent d’agir.
Au lieu de cela, depuis 2024, le bulldozer est devenu l’unique politique publique. Et là, la question se pose sous ses formes les plus prégnantes : devons nous moderniser la ville ? Ou sacrifie le peuple ?
- Le constat d’une faillite sociale en marche :
En 24 heures, un mécanicien de Williamsville perd son atelier. Une vendeuse d’Adjamé perd 15 ans de stock. Une mère de 5 enfants à Boribana se retrouve sous un pont. Aucun stock à sauver, aucun client à prévenir, aucun loyer remboursé.
On nous parle de « zones à risque ». Très bien. Mais ces « risques », l’État les connaissait depuis 20 ans. Pourquoi attendre la pluie et les caméras pour agir ? Ce retard de planification, ce sont les plus pauvres qui le paient cash.
Quand on détruit sans recenser, sans délai, sans alternative économique claire, on ne fait pas de l’urbanisme. On crée du chômage, de la précarité, de la colère.
- Le paradoxe ivoirien : Payer pour être pauvre
Le commerçant paie sa patente. Le locataire paie sa quittance. Le citoyen paie ses impôts. Puis l’État vient casser. Le message reçu est brutal : « Tu as financé la République, mais la République ne te protège pas. »
Pire : le sentiment de 2 poids 2 mesures. Pourquoi tel immeuble R+5 sur l’emprise tient encore debout, quand la échoppe du cordonnier tombe ? La modernité ne peut pas avoir des « amis du régime ».
- La voie : Modernité avec humanité
Oui à une capitale économique, un Abidjan moderne. Oui aux routes, au métro, au drainage. Mais une ville ne se mesure pas à ses échangeurs. Elle se mesure à la dignité de ceux qui y vivent.
Il convient de prendre en compte ces trois exigences :
- Transparence et Délai : Cette première exigence requiert une Cartographie publique des zones, une notification 6 mois avant et un recensement contradictoire avec les chefs de communauté. On ne doit pas surprendre un citoyen chez lui.
- Recasement économique : Cette seconde exigence se doit d’être AVANT destruction : Ne pas casser le mécanicien sans lui avoir remis les clés de son nouveau box à Adiopodoumé, avec eau et courant. L’activité doit survivre au déménagement
- Indemnisation juste : Cette ultime exigence même partielle éviterait la perte de l’outil de travail sans compensation. Si tel était le cas, c’est fabriquer des pauvres. Et des pauvres, c’est une bombe sociale pour demain.
Les grandes capitales du monde sont passées par là. Kigali, Lagos, Dubaï, Rabat… ont rasé pour reconstruire. Mais elles l’ont fait avec des délais, des compensations et des sites d’accueil
Dans le principe il s’agirait de bâtir sans briser.
Bien entendu, cela reste possible, car la Côte d’Ivoire n’est pas en faillite économique. Les chiffres de croissance le prouvent. La Côte d’Ivoire n’est pas en faillite économique. Le FMI salue régulièrement notre croissance. Mais une croissance qui broie sa base est une croissance fragile.
Cependant, ma certitude est que notre pays frôle la faillite sociale quand sa politique urbaine oublie l’humain, celui la même qui est au centre de l’économie. Le salut du peuple doit démeurer la loi suprême, pour citer les Romains. C’est à cette aune que l’histoire jugera notre « Abidjan Nouveau ».
A nos autorités : « cassez ce qu’il faut pour sauver des vies ». Mais sauvez aussi les vies de ceux qui font vivre Abidjan au quotidien.
Une ville moderne avec des citoyens brisés n’est pas une victoire. C’est un échec !!
Professeur Lacisse ABDOU :
Cadre PDCI Délégation Lyon-Ouest (France)
Vice Président Concorde Nationale Axe-Europe.





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