
L’ une des actualités en ce moment en Côte d’Ivoire, ce sont les déguerpissements dans la capitale économique, mis en œuvre par le gouverneur du District D’Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo. Le 02 Juin dernier, » Zimbabwe », un immense quartier précaire situé dans les encablures du Port, a été entièrement rasé. 40 000 personnes se sont ainsi retrouvées à la rue du jour au lendemain, sans aucune mesure d’accompagnement. C’était une zone immense, densément peuplée, avec beaucoup d’activités liées au port d’Abidjan.
Avant cela, c’est toute la zone du marché de gros de la commune de Yopougon qui a été rasée, elle s’étendait sur près d’un km. Le déguerpissement a réduit à néant des milliers d’activités, là également aucun accompagnement n’a été prévu pour les déguerpis. Les premiers déguerpissements en 2026 ont concerné des bidonvilles de la commune de Cocody ( Gobelet, Allakro, Boussangadougou ). Ici les populations semblent avoir été indemnisées. Comme en 2024 et en 2025, les déguerpissements ont enveloppé le pays d’un voile de tristesse.
En Février 2024, juste au lendemain de la CAN, alors que la population fêtait toujours la victoire, le gouverneur Cissé Bacongo avait entrepris des déguerpissements qui avaient choqué l’opinion de par leur ampleur et leur brutalité. Le gouvernement avait alors décidé en Conseil des ministres de la mise sur pied d’un comité interministériel, désormais chargé de la question. Composé des ministères de la construction, de l’intérieur, de la cohésion sociale, des finances, de l’hydraulique, de la préfecture de police, du district d’Abidjan, du préfet d’Abidjan, et des maires des communes concernées, et présidé par le Premier Ministre, ce comité devait décider des actions à implémenter pour ces zones.
En d’autres termes, le district d’Abidjan était désormais dessaisi de la question. Ce n’était plus à lui de prendre tout seul l’initiative des déguerpissements. Pourtant le gouverneur Bacongo a ignoré l’existence de ce comité, et mis en garde les ministres, déclarant avoir une idée fixe en tête et n’entendant pas s’en détourner. Il a continué à mener tout seul les déguerpissements au mépris de ce comité. Cela pose un problème de gouvernance, de crédibilité des institutions. Un seul homme ne peut remettre en question des décisions prises en conseil des ministres. Aujourd’hui Bacongo décide seul du sort de milliers de personnes et n’en réfère à personne. Il y a bien quelque chose à revoir.
Le gouverneur Bacongo agit aujourd’hui sans contre-pouvoir. Décidant lui seul des zones à déguerpir, et surtout le plus grave, ne prévoyant aucune mesure d’accompagnement pour les personnes impactés. C’est totalement inadmissible dans un pays sérieux. Quand on déguerpit des populations, on a le devoir de les recaser ou les dédommager à la hauteur des pertes subies. C’est prévu dans le code de l’urbanisme. L’Etat ivoirien ne devrait pas autoriser des déguerpissements si des sites ne sont pas prévus pour le recasement des populations. C’est le minimum.
Pour justifier les déguerpissements, tantôt il parle de « sauver des vies » en cette saison pluvieuse, tantôt il parle de lutte contre le « désordre urbain », ou « d’offrir un cadre de vie sain aux populations » etc….En réalité il a une obsession : casser. Or la politique de l’urbanisme est décidée par l’Etat et mise en œuvre par le ministère de la construction. Ce n’est pas au gouverneur de décider tout seul de la politique à mener. La politique de l’urbanisme ne relève pas du district d’Abidjan. Encore une fois, cela traduit un problème de gouvernance, de fonctionnement des institutions ivoiriennes.
Le Gouverneur Bacongo s’arroge des prérogatives qui ne lui sont pas dévolues. En tant que gouverneur du district, il est hiérarchiquement sous l’autorité du préfet d’Abidjan, à fortiori du ministre de l’intérieur, ou du Premier-Ministre. Mais personne ne semble pouvoir s’opposer à ses décisions. En Mai dernier, il a assumé des déguerpissements à Mankono ( sa ville natale ) dans le cadre de l’élargissement de la voie principale. Des discussions étaient en cours entre les populations impactées, la mairie, la préfecture, et l’entreprise chargée des travaux. Mais il s’est invité dans le débat en faisant intervenir les bulldozers alors qu’il n’a aucune fonction officielle dans la ville. C’est inadmissible.
C’est un fait. On a l’impression dans ce pays que c’est lui qui détient la réalité du pouvoir. Personne ne semble pouvoir s’opposer à sa volonté. On aura remarqué que Bacongo n’a procédé à aucun déguerpissement dans la commune d’Abobo depuis qu’il est en place. Or c’est une commune où le désordre urbain et les quartiers précaires sont plus visibles qu’ailleurs. Mais à sa tête de cette se trouve une dame au tempérament bien trempé qu’il n’ose pas affronter. Ce qui montre qu’avec lui, ce ne sont pas les textes, mais les rapports de force qui comptent. Encore une fois cela traduit la faiblesse des institutions ivoiriennes.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales

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