Cannes: Canal+ hué, 3500 personnalités dénoncent l’influence de Vincent Bolloré sur le cinéma français

Le malaise grandit dans le monde du cinéma français. Lors du prestigieux Festival de Cannes, le groupe Canal+, l’un des principaux financeurs et producteurs du cinéma français, a été copieusement hué à plusieurs reprises par le public et des professionnels du secteur.

À chaque apparition du logo de Canal+ avant ou après certaines projections, des sifflets et des huées ont retenti dans plusieurs salles du festival. Ce fut notamment le cas lors de la projection de Full Phil, le nouveau film du réalisateur français Quentin Dupieux.

Derrière cette fronde se trouve une contestation de plus en plus forte contre l’influence croissante du milliardaire Vincent Bolloré dans l’industrie culturelle française. Principal actionnaire de Canal+, Vincent Bolloré est accusé par ses détracteurs de vouloir imposer une ligne idéologique conservatrice et nationaliste dans les médias et le cinéma français.

Une pétition signée par 3500 personnalités

Dès l’ouverture du festival, plus de 600 professionnels du cinéma français avaient signé une pétition dénonçant la montée en puissance du groupe Bolloré dans le paysage audiovisuel et cinématographique français. Parmi les premiers signataires figuraient notamment l’actrice Juliette Binoche et le réalisateur Arthur Harari.

En l’espace de dix jours, la mobilisation a pris une dimension internationale. Le nombre de signataires est désormais monté à 3500, avec le soutien de nombreuses figures du cinéma mondial, parmi lesquelles les acteurs Javier Bardem et Mark Ruffalo, ainsi que les cinéastes Ken Loach, Aki Kaurismäki et Yorgos Lanthimos.

Bolloré accusé de vouloir contrôler toute la chaîne du cinéma

La colère du monde culturel s’est intensifiée après l’annonce selon laquelle Canal+ a acquis, en novembre dernier, près d’un tiers des parts du groupe UGC, l’une des plus importantes chaînes de cinémas et sociétés de production et de distribution en France.

Le groupe Bolloré ambitionnerait de prendre le contrôle total de UGC à partir de 2028. Pour les signataires de la pétition, cette opération permettrait à Vincent Bolloré de contrôler « toute la chaîne de production cinématographique », du financement jusqu’à la diffusion sur grand et petit écran.

Les professionnels du cinéma redoutent également une marginalisation progressive des œuvres indépendantes et critiques au profit de productions idéologiquement marquées à droite. Plusieurs signataires estiment que cette concentration médiatique menace directement la liberté de création et l’indépendance artistique.

Des accusations de “blacklist”

La tension est montée d’un cran lorsque le directeur général de Canal+, Maxime Saada, aurait menacé de suspendre les collaborations du groupe avec les signataires de la pétition.

Selon plusieurs participants au festival, une forme de “liste noire” pourrait être instaurée afin d’écarter producteurs, réalisateurs et acteurs critiques envers Vincent Bolloré et son groupe. Même si aucune mesure officielle n’a encore été confirmée, cette éventualité suscite une vive inquiétude dans les milieux culturels français.

Une influence médiatique de plus en plus contestée

Au-delà du cinéma, Vincent Bolloré possède déjà plusieurs médias majeurs en France, dont la chaîne d’information CNews, souvent comparée à Fox News pour sa ligne éditoriale très à droite. Il contrôle également Europe 1, l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche ainsi que StudioCanal, l’un des plus grands studios européens.

Ses opposants accusent le magnat français d’utiliser son empire médiatique pour influencer le débat public français et peser sur l’élection présidentielle française de 2027.

Par ailleurs, Vincent Bolloré doit comparaître devant la justice française en décembre prochain dans une affaire de corruption présumée liée à des campagnes électorales au Togo et en Guinée. Il est soupçonné d’avoir favorisé certains candidats à la présidence en échange de concessions portuaires au nom du groupe familial Bolloré.

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