Saleté et éducation (par Venance Konan)

Il y a quelques jours j’ai échangé avec mon jeune frère le docteur Auguste Eric Komena à propos de l’une de mes dernières chroniques et après que lui ai envoyé la photo du tas d’ordures à l’entrée du lycée de Daoukro où lui et moi fîmes nos études secondaires. Voici ses réflexions, qu’avec sa permission, je partage avec vous : « la saleté est pour le Noir ce que la mélanine est pour le même peuple. C’est-à-dire que c’est ancré dans nos ADN. On pourra dénoncer, sensibiliser, mais le mal reviendra au galop. Par exemple, quand tu es en Europe, les endroits les plus sales sont ceux habités par les Noirs. A Paris, tu as la zone de Château rouge et Château d’eau. Je viens d’arriver de Lausanne, en Suisse. La zone la plus sale est remplie de Blacks. Vers la gare de Lausanne Flon. Pareil à Bruxelles où j’ai vécu presqu’un an. La zone la plus sale est le quartier appelé Matongué où se concentrent tous les Blacks zaïrois. » Amis lecteurs, qu’en pensez-vous ?

Pour ma part, je pense que si le constat fait par le docteur Komena concernant les quartiers qu’il a cités est implacable et ne saurait être démenti par quiconque a visité ces villes, je n’irai pas jusqu’à dire que la saleté est inscrite dans nos ADN ; la preuve est que lui-même ne vit pas dans la saleté, et nous sommes nombreux à ne pas la supporter dans notre environnement. Mais je comprends son exaspération, lui qui est médecin et est donc bien placé pour connaître les ravages que provoquent les microbes qui n’aiment rien autant que la saleté. Je crois plutôt que la saleté est une question de niveau de développement, d’ignorance, mais surtout d’éducation. Pas éducation au sens de niveau d’études scolaires. L’histoire nous apprend que du temps de leur grandeur, bons nombres de grands souverains européens tels que Louis XIV et autres dégageaient une odeur corporelle repoussante et leurs magnifiques palais étaient de véritables dépotoirs où les déjections humaines traînaient partout sous les fenêtres. Parce qu’à cette époque, on ignorait encore l’existence des microbes et l’hygiène corporelle était quasiment inconnue. Les choses ont depuis lors évolué en Europe et dans les pays développés. Mais même là-bas, l’éducation à l’hygiène et à la propreté de l’environnement est permanente. D’où l’existence de lois qui sanctionnent les contrevenants. A Singapour, le simple fait de jeter du chewing-gum mâché dans la rue vous vaudra d’être fouetté.

Aujourd’hui l’Afrique n’a pas l’apanage de la saleté. En maints endroits de l’Inde, du Bengladesh, du Pakistan, ou de plusieurs pays d’Amérique latine, vous serez surpris par le niveau de saleté. Si je fustige régulièrement la saleté de nos cités dans ces colonnes, je reconnais aussi les pays africains dont le niveau de développement n’est pas différent du nôtre, mais qui sont très propres. Cela confirme encore si besoin était que ce n’est pas une affaire de mélanine ou d’ADN, et pas seulement de niveau de développement, mais surtout de volonté et d’éducation. L’éducation comprend un volet sensibilisation et un volet répression. C’est à nous de décider si nous voulons un pays propre ou non. Cela est important, surtout en cette période où l’on parle d’hantavirus et de résurgence d’Ebola. Pour ce que j’ai cru comprendre de l’hantavirus, il se transmets à l’homme par les rongeurs tels que les rats et souris. Or c’est la saleté et les ordures qui attirent ces bêtes. Et le virus d’Ebola sévit essentiellement dans les pays sous-développés où les populations sont peu éduquées et où l’hygiène est la chose la moins partagée.

Je pense que notre pays a atteint ces quinze dernières années un niveau de développement qui ne nous permet plus de nous accommoder de vivre au milieu ou à côté des ordures. Si le président Ouattara a fait en quelque sorte le gros-œuvre, il nous appartient, nous simples citoyens, maires, chefs de villages, de quartiers et autres autorités en dessous du Grand Chef, de faire la finition en nettoyant simplement nos cités, en les fleurissant, en y plantant des arbres. Nous aimons bien aller nous pavaner dans les parcs et autres jolis jardins dans les autres pays. Pourquoi n’en créons-nous pas chez nous ? J’en profite pour féliciter mon jeune frère Gerard Dorval Ehouet qui a créé tout seul, je dirais à mains nues, un très joli jardin ( Daoukro, Espace Dorval ) à l’entrée de Daoukro, à la grande joie des populations qui ont désormais un beau cadre pour célébrer leurs mariages, baptêmes et autres moments heureux. Ou simplement pour respirer de l’air pur.

Venance Konan

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