La Côte-d’Ivoire va-t-elle lever un nouveau samouraï bond en 2026 ?

La Côte d’Ivoire faisait sensation en devenant le 17 Juillet 2025 le premier État sub-saharien à lever un samouraï bond, c’est à dire un emprunt sur le marché obligataire japonais, le troisième du monde derrière ceux de Londres et de New York. Montant de l’émission 50 milliards de yens ( entre 191 et 200 milliards de FCFA), un prêt d’une maturité de dix ans, avec taux d’intérêt de 2,3%, qui contraste avec les taux habituels situés entre 5 et 10% des emprunts levés en euros ou en dollars. Cette prouesse fut saluée par la presse financière sur le continent et au-delà.

Pourtant il faut tempérer ce succès, car l’emprunt a été garanti en partie par la Japan Bank Of International Cooperation ( JBIC ). Cette garantie a été pour beaucoup dans l’engouement des investisseurs japonais, d’habitude méfiants envers les Etats Sub-sahariens. La garantie rassure ceux qui ont acheté cette dette. Techniquement, en cas de défaut de paiement, la JBIC prend le relais pour assurer le remboursement. Ainsi la vraie prouesse de la Côte d’Ivoire ne réside pas tant dans la levée des fonds, plutôt dans le fait d’avoir pu obtenir cette garantie de la JBIC.

Les autorités ivoiriennes ont présenté ce samouraï bond comme faisant partie d’une stratégie de diversification des sources d’endettement. Il s’agirait selon elles, de ne plus dépendre uniquement des marchés occidentaux. Pourtant il faut attendre le second emprunt pour savoir si cette porte est vraiment ouverte. Si la Côte d’Ivoire lève un second emprunt, supérieur au premier, en s’affranchissant de toute garantie, alors on pourra affirmer qu’elle dispose d’une « signature » sur la place de Tokyo, on pourra parler de diversification des sources d’emprunt.

Cela dit, le Japon a entrepris d’importants investissements dans le pays ces dernières années. On peut citer l’échangeur de la Solibra ( coût 60 milliards FCFA financé en partie par un don), trois échangeurs sur le boulevard Mitterrand ( Coût 75 milliards FCFA, cofinancé avec l’état ivoirien, le montant de chaque partie n’a pas été divulgué), un terminal céréalier du Port d’Abidjan ( Coût 80 milliards FCFA, financé par un emprunt ). Des discussions sont en cours sur des projets ferroviaires, ainsi qu’un pont devant relier le Port au boulevard de Marseille.

Pour en revenir au samouraï bond, il témoigne de la vigoureuse activité de la Côte d’Ivoire sur les différents marchés d’emprunt. Notons entre autres l’emprunt de 1,3 milliards de dollars levé en Février 2026, sur une maturité de 15 ans, avec un taux de 5.39%, représentant le coût de financement le plus bas d’une opération Eurobond de la Côte d’Ivoire, et de l’Afrique subsaharienne, de ces cinq dernières années. Tout cela conforte la place du pays auprès des marchés, mais on retient aussi que le pays a d’immenses besoins d’endettement.

Pour faire le lien avec une actualité récente, ce dynamisme de la Côte d’Ivoire sur les marchés de la dette, contraste avec sa volonté de se doter d’un fond souverain. Un fond souverain c’est avant tout une épargne, de l’argent mis de côté pour une utilisation à plus ou moins long terme. Ce serait assez curieux que la Côte d’Ivoire puisse mettre de l’argent de côté alors qu’elle s’endette autant. Chaque année environ 50% de son budget est financé par la dette et les dons. D’où viendra cette marge budgétaire qui lui permettra d’épargner dans un fond souverain.

On le dit encore une fois, les pays qui disposent de fonds souverains viables, sont ceux qui dégagent d’énormes excédents. Ce sont ces excédents qui alimentent ces fonds souverains. Tel n’est absolument pas le cas de la Côte d’Ivoire dont les ressources propres couvrent à peine la moitié du budget. En l’état actuel de ses finances, la CI n’est pas en capacité de se doter d’un fond souverain viable. Beaucoup d’Etat africains qui sont très endettés disposent de fonds souverains. En vérité, il n’y a absolument rien dans la cagnotte. Ces fonds sont vides.

Maintenant on attend tous la production des champs pétroliers « Baleine », « Calao », et « Calao south ». Le premier est entré en exploitation. Il doit atteindre son plein régime en 2028. Pour les deux autres, il faudra attendre 2030. Ces trois gisements porteront la production globale à 300 000 barils par jour. Il y a aussi d’importants gisements d’or qui entreront en production dans l’intervalle. Les recettes vont dans un premier temps permettre à la Côte d’Ivoire de dégager des excédents budgétaires ? Ces excédents seront-ils durables ? Toute la question est là.

Certains pays qui au début de l’exploitation pétrolière dégageaient de formidables excédents, sont aujourd’hui totalement à sec. On peut parler de la Guinée équatoriale qui, pour faire face aux dépenses liées à la venue du pape, a opéré des ponctions sur les salaire des fonctionnaires.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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