Côte d’Ivoire: de l’enlèvement à la condamnation, l’affaire Zigui Ibrahim relance le débat sur les libertés publiques

L’influenceur et cyberactiviste ivoirien Zigui Ibrahim, suivi par près de 260 000 personnes sur Facebook et réputé proche du couple Nadiana Bamba / Laurent Gbagbo, a été condamné ce lundi à cinq ans d’emprisonnement ferme ainsi qu’à une amende de 20 millions de FCFA pour « provocation à l’insurrection » et « trouble à l’ordre public ».

Une décision judiciaire qui intervient plusieurs mois après une affaire ayant fortement secoué les réseaux sociaux et les milieux politiques ivoiriens : son enlèvement présumé dans des circonstances controversées.

Un enlèvement dénoncé par le mouvement « Trop c’est trop »

Le mouvement citoyen Trop c’est trop avait, dès septembre dernier, dénoncé ce qu’il qualifiait de « kidnapping » du cyberactiviste.

Dans une déclaration publique, le mouvement affirmait avoir appris « avec consternation et vive émotion » l’enlèvement de Zigui Ibrahim à son domicile par des individus armés non identifiés.

Selon plusieurs témoignages relayés à l’époque, des hommes armés auraient fait irruption à son domicile avant de l’emmener vers une destination inconnue. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient également des scènes de violences et de dégradations sur les lieux de l’intervention.

Pendant plusieurs jours, ni sa famille, ni ses proches, ni ses avocats n’auraient obtenu d’informations précises sur son lieu de détention ou son état de santé, alimentant de nombreuses inquiétudes dans l’opinion publique.

Une figure influente des réseaux sociaux

Au fil des années, Zigui Ibrahim s’était imposé comme une voix très suivie de l’activisme numérique ivoirien. À travers ses publications et vidéos, il commentait régulièrement l’actualité politique et sociale avec des prises de position souvent critiques et engagées.

Sa proximité supposée avec le PPA-CI et certaines figures de l’opposition lui avait valu une forte visibilité mais aussi de nombreuses controverses.

Une condamnation qui divise

Le tribunal l’a finalement reconnu coupable des faits de « provocation à l’insurrection » et de « trouble à l’ordre public », prononçant une peine de cinq années de prison ferme assortie d’une lourde amende financière.

À l’issue de l’audience, son avocat a immédiatement annoncé son intention d’interjeter appel, estimant que la peine prononcée était « excessivement lourde ».

Cette affaire continue de provoquer des réactions contrastées en Côte d’Ivoire. Tandis que certains soutiennent la fermeté des autorités face aux contenus jugés dangereux sur les réseaux sociaux, d’autres dénoncent une atteinte à la liberté d’expression et une criminalisation de l’activisme numérique.

Les réseaux sociaux au cœur des tensions politiques

L’affaire Zigui Ibrahim illustre plus largement la place grandissante des réseaux sociaux dans le débat politique ivoirien. Facebook, TikTok, X ou YouTube et d’autres plateformes sont devenus des espaces majeurs d’influence, de mobilisation et parfois de confrontation politique.

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