La polémique enfle autour des propos du Dr Ahoua Don Mello, après son passage sur l’émission NCI 360. En affirmant l’existence d’un déficit démocratique en Côte d’Ivoire, l’ancien ministre et cadre politique a déclenché une vive réaction dans les médias proches du pouvoir, notamment le journal Le Patriote, qui l’accuse de manipulation et de mauvaise foi.
Mais au-delà de la controverse médiatique, les propos de Don Mello semblent avoir mis en lumière une question sensible : celle de l’accès à l’emploi et de l’équité sociale dans le pays.
Un diagnostic qui dérange
Lors de son intervention, Ahoua Don Mello a dressé un constat préoccupant : selon lui, une partie importante de la population ivoirienne se sentirait exclue du marché de l’emploi, en raison d’un système qu’il qualifie implicitement de « parti-État ». Il évoque notamment un environnement où l’appartenance politique influencerait l’accès aux opportunités professionnelles, y compris dans l’administration publique.
Des propos immédiatement contestés par ses détracteurs, qui rappellent les réformes engagées sous la présidence de Alassane Ouattara, notamment la modernisation de la fonction publique et la transparence accrue des concours administratifs.
Une fracture entre perception et réalité
Ce débat révèle en réalité une fracture plus profonde : celle entre les discours institutionnels et le ressenti d’une partie de la population, notamment les jeunes diplômés.
Car au-delà des chiffres officiels, nombreux sont ceux qui dénoncent l’existence d’un « piston politique » informel, perçu comme un filtre invisible mais déterminant dans les processus de recrutement. Une perception qui, qu’elle soit fondée ou exagérée, traduit un déficit de confiance dans les institutions.
Le spectre du “parti-État”
Pour ses soutiens, Don Mello ne fait que mettre des mots sur une réalité sociologique : celle d’un système où les réseaux d’influence, notamment politiques, jouent un rôle clé dans l’accès aux postes, en particulier dans la haute administration.
Dans ce contexte, les nominations par décret et les logiques de cooptation seraient susceptibles de favoriser une homogénéité idéologique au détriment de la diversité des compétences.
Un enjeu démocratique majeur
La question posée dépasse donc la simple querelle politique. Elle touche aux fondements mêmes de l’État de droit : égalité des chances, transparence des recrutements, mérite républicain.
Certains observateurs rappellent d’ailleurs que sous la présidence de Laurent Gbagbo, des appels à compétences indépendants des appartenances politiques avaient été mis en avant, même si le débat reste ouvert sur leur effectivité.
Vers plus de transparence ?
Face à la polémique, plusieurs voix appellent à dépasser les accusations mutuelles pour engager des réformes concrètes. Parmi les pistes évoquées :
- la réalisation d’audits indépendants des processus de recrutement
- le renforcement des mécanismes de contrôle
- et une meilleure traçabilité des nominations dans l’administration
L’objectif : restaurer la confiance et garantir que chaque citoyen, quelle que soit son appartenance politique, puisse accéder équitablement aux opportunités.
Une question de confiance nationale
Au fond, l’intervention de Ahoua Don Mello agit comme un révélateur. Si le sentiment d’exclusion persiste, c’est qu’il existe un problème de perception… ou de réalité.
Dans un pays où la jeunesse constitue une majorité démographique, la question de l’emploi ne peut être dissociée de celle de la justice sociale. Car sans équité perçue, aucune politique publique, aussi ambitieuse soit-elle, ne pourra pleinement convaincre.
Et c’est peut-être là le véritable enjeu : réconcilier discours officiel et vécu quotidien, pour bâtir une société fondée sur le mérite et la confiance.







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