Situation sécuritaire: Voici ces hommes armés qui sèment la terreur à Bouaké

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L’Inter

Ce n’est un secret pour personne : aucun Etat au monde n’arrive à garantir à 100%, la sécurité de ses citoyens et de leurs biens. Mais ce qu’il est donné de vivre dans les ex-zones CNO (Centre-nord-ouest) depuis la fin de la crise post-électorale, c’est que l’insécurité a atteint des proportions très inquiétantes. A telle enseigne que la population est plongée dans une psychose sans précédent. Des individus sans foi ni loi et puissamment armés règnent en véritables seigneurs de la terreur sur les routes. Le jeudi 08 mars dernier, en plein midi, des malfrats ont mitraillé un véhicule de transport en commun sur l’axe routier Bouaké-Botro, faisant deux morts avant d’emporter la rondelette somme de 2 millions 625 mille. Une semaine avant cette attaque, des coupeurs de route ont également fait parler leur canon sur la route de Katiola, à la hauteur de l’ADRAO, en ouvrant le feu sur un car en provenance d’Abidjan pour Boundiali, occasionnant aussi 03 morts. En face, les nouvelles structures de lutte contre le grand banditisme et les coupeurs de route semblent impuissantes. En témoignent ces propos du Commandant des forces terrestres de Côte d’Ivoire, le Général de brigade Touré Sékou, le 24 février dernier lors d’une rencontre avec les autorités militaires de Bouaké, en vue de combattre efficacement ce fléau. « Il s’agit pour nous de définir de nouvelles stratégies de lutte contre les coupeurs de route. Cette stratégie va permettre de lutter efficacement en vue de sécuriser les populations dans toutes leurs composantes (…) Le phénomène d’insécurité routière est devenu une préoccupation à telle enseigne que de nouvelles méthodes de traques de ces malfrats s’imposent. Ces personnes opèrent en tout lieu, en tout temps avec des armes beaucoup plus sophistiquées. Elles disposent de moyens de mobilité leur permettant d’agir avec plus d’efficacité et de rapidité », a reconnu l’officier général. Même son de cloche de la part de l’adjudant Traoré Amoudi, ex-chef de sécurité de la ville de Bouaké. « Aujourd’hui, l’insécurité règne à Bouaké et c’est un peu déplorable. Nous ne sommes plus aux affaires mais nous travaillons à assurer une sécurité à nos populations avec les nouvelles autorités. La police militaire et la brigade anti-coupeurs de route font des pieds et des mains pour rassurer les habitants de Bouaké. Des mesures sont prises et les moyens vont suivre pour que les choses aillent mieux », a-t-il témoigné. Le phénomène des coupeurs de route se pose donc avec acuité dans la capitale de la région du Gbêkê, et les cas meurtriers sont légion.

Qui sont donc ces nouveaux maîtres de la terreur dans les ex-zones CNO ?

Sur la question, les points de vue sur les auteurs de ces atrocités devenues monnaie courante dans ces localités divergent. Cependant, un dénominateur commun traduisant la dextérité dans le maniement des armes tend à incriminer certains ex-combattants. « Les prisons ont été cassées et les bandits de grand chemin sont dans la nature. Ils sont en complicité avec certains démobilisés qui n’ont pas été désarmées et même des recrues de la nouvelle armée. Après la crise post-électorale, les autorités gouvernementales n’ont rien fait dans le sens de les rechercher. Je crois bien que ce sont eux qui nous causent toutes les misères du monde à Bouaké », a indiqué Konan Grégoire, qui a dit ne plus prendre la route de son village à cause des coupeurs de route. Si ce dernier a pointé un doigt accusateur sur les évadés des différentes prisons du pays pendant la crise postélectorale, Bakayoko Ibrahim, un ex-combattant démobilisé des forces armées des forces nouvelles (ex-FAFN) prend à contre-pied ces propos. Sans véritablement porter un regard accusateur sur ses anciens frères d’armes laissés pour compte, il met en cause la question du désarmement et de la réinsertion des ex-combattants démobilisés. Ce qui, à ses yeux, sont les réelles causes de la recrudescence des braquages. « En tant qu’ex-combattant, moi je n’accuse pas mes anciens frères d’armes démobilisés. Pendant la crise post-électorale, on nous a armés pour aller déloger Gbagbo Laurent. C’est dire que nous avons été désarmés et réarmés et nous revenons, on ne nous désarme pas et on ne nous dit rien. Vous voulez qu’on mange comment ? Cela ne veut pas dire que ce sont les démobilisés qui sont les coupeurs de route. Il y en a qui ont vendu leurs armes à des bandits pour pouvoir manger. Il y a aussi les démobilisés qui savent manipuler les armes et ils vivent la galère. Donc ils se sentent obligés de prendre leurs armes pour aller chercher de quoi manger, pour sa propre dignité vis-à-vis de sa femme et de ses enfants. Il faut que les autorités fassent un effort pour faire face aux démobilisés. Nos chefs de guerre nous ont abandonné et nous sommes livrés à nous-mêmes. Il faut que l’actuel Premier ministre Ahoussou Jeannot rencontre les démobilisés. On nous coupe le courant, on nous chasse des maisons, etc. Nous aimons ce pouvoir mais de grâce, celui qui a faim n’est pas un homme libre », a longuement expliqué ce démobilisé en guise de plaidoyer pour les ex-combattants abandonnés à leur sort. Pour S.Y, l’une des victimes de l’attaque sur la route de Katiola, les coupeurs de route qui sévissent dans la zone ne sont pas en terre étrangère. Selon cette victime, voici les propos tenus par l’un des coupeurs de route qui les a dépouillés : « Les autorités militaires savent que nous sommes ici, mais elles n’ont pas le courage de venir nous déloger. Ce n’est donc pas la peine d’appeler au secours », a rapporté S.Y. En clair, la recrudescence du phénomène des coupeurs de route est lié à la crise post-électorale qui a provoqué un réarmement incontrôlé des ex-combattants. Lesquels n’ont pu véritablement bénéficier des différents projets de réinsertion dans le tissu socio-économique.

Francis N’Goran à Bouaké

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