Photo: Le chantier du barrage hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty en avril 2023. Lancé en 2019, il affichait alors 78 % de taux de réalisation
En 1996, la Côte d’Ivoire ouvrait son secteur électrique (le volet production) au secteur privé, et en 1998 était inaugurée la première centrale à gaz entièrement détenue par une entreprise privée, la centrale thermique d’Azito, au nord d’Abidjan. La Côte d’Ivoire était ainsi pionnière dans cette approche qui a depuis essaimé en Afrique. En 2026, 70 % de l’électricité en Côte d’Ivoire est produite par des centrales thermiques ou à gaz. Le pays dispose de 05 centrales, dont une seule est détenue par l’État.
Dans la localité d’Ahouaty, département de Taabo, à environ 140 km d’Abidjan, sur l’autoroute qui mène à Yamoussoukro, se joue une partie délicate pour l’économie ivoirienne, toujours dans le secteur de l’électricité. En effet, on trouve là le tout premier barrage hydroélectrique de Côte d’Ivoire, et d’Afrique de l’Ouest, entièrement financé par le secteur privé, le barrage d’Ahouaty-Singrobo. La Côte d’Ivoire est de nouveau pionnière dans cette approche.
D’une puissance de 44 MW et d’un coût de 114 milliards FCFA, ce barrage est prévu pour alimenter environ 100 000 ménages. Il est détenu par la société Ivoire Hydro Energy (IHE), qui, au terme de 35 ans d’exploitation, devra le rétrocéder à l’État ivoirien. Lancé en 2019, le chantier devrait durer 36 mois. Initialement prévue en 2023, l’inauguration fut reportée à 2025. Mais depuis, c’est le silence : ni les autorités ivoiriennes ni l’entreprise IHE ne communiquent. Le chantier est quasiment achevé, le mur d’endiguement mesure 1,4 km et relie les localités de Singrobo et d’Ahouaty, situées de part et d’autre du fleuve Bandama. Les turbines sont en place. Les populations impactées ont été dédommagées.
Pourquoi le barrage n’a-t-il pas encore été inauguré ? En fait, avec sa mise en service, le lac de retenue risque d’inonder plusieurs villages (non pris en compte dans la planification initiale), mais aussi et surtout l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro qui passe à quelques km de là. Vu qu’on ne peut plus déplacer l’emplacement du barrage, il est déjà construit, la solution consiste à faire passer plus loin l’autoroute du Nord. Il y a donc des surcoûts que les bailleurs de fonds du projet rechignent à financer. D’où le blocage actuel. Le chantier est à l’arrêt.
Pourtant, il faudra bien trouver une solution un jour. Évidemment, on peut toujours blâmer l’entreprise pour le choix du site, et surtout la structure qui a conduit les études d’impact, « Africa Finance Corporation » (AFC). L’erreur sur la superficie du lac de retenue reste difficile à comprendre, car c’est l’une des données les plus fondamentales dans la détermination du choix du site pour un barrage hydroélectrique. A-t-on voulu minimiser les impacts afin de faire baisser le coût du projet ? On a peine à croire que les études n’ont pas montré que l’autoroute pouvait être inondée.
Mais une fois les responsabilités situées, que fait-on ? C’est la BAD, une société de capital-investissement marocaine, NEO THEMIS, et l’agence d’investissement du gouvernement allemand pour le secteur privé, DEG, qui ont financé le barrage, dont la construction fut confiée au groupe de BTP français EIFFAGE. Aujourd’hui, personne ne veut supporter les travaux supplémentaires. Certains préconisent de ne pas remplir le lac de retenue à pleine capacité. Mais cela entraînerait une baisse de la puissance du barrage, c’est-à-dire une production d’électricité moindre. Il faudra alors renégocier l’accord de concession, car la durée pour amortir l’investissement sera plus longue.
Ce blocage est d’autant plus dommageable pour la Côte d’Ivoire que le barrage NACHTIGAL au Cameroun, lui aussi entièrement détenu par le secteur privé, d’un coût de 786 milliards de FCFA, d’une puissance de 420 MW, et dont les travaux ont aussi été lancés en 2019 comme celui de Singrobo-Ahouaty, est entré en service en 2025. En Côte d’Ivoire, deux autres barrages étaient prévus en aval du barrage de Singrobo-Ahouaty, après la mise en service de celui-ci. Comment la Côte d’Ivoire va-t-elle s’extirper de cette situation ? Il faut bien aller de l’avant puisqu’on ne peut pas détruire ce barrage. La Côte d’Ivoire va-t-elle finalement mettre la main à la poche ?
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales
J’ai conservé les formulations, les interrogations et l’argumentation de l’auteur, en corrigeant essentiellement l’orthographe, les accords, la ponctuation et la typographie.






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