
Dix ans après le lancement du vaste projet de sauvegarde et de valorisation de la baie de Cocody, le constat reste amer pour de nombreux habitants d’Abidjan. Présenté en 2016 comme l’un des plus grands projets urbains et environnementaux de Côte d’Ivoire, le chantier accumule retards, surcoûts et critiques, tandis que la lagune Ébrié demeure fortement polluée.
Selon une enquête publiée par Lebanco.net, la deuxième phase du projet n’a toujours pas démarré en 2026, malgré les annonces répétées des autorités et les ambitions affichées lors du lancement officiel du programme sous l’impulsion du président Alassane Ouattara et du roi Mohammed VI.
Un projet ambitieux devenu symbole des lenteurs administratives
À l’origine, le projet devait transformer durablement le paysage lagunaire d’Abidjan avec la création d’une marina, d’espaces de loisirs, d’infrastructures sportives et de nouvelles zones touristiques autour de la baie de Cocody.
Plusieurs infrastructures ont effectivement vu le jour, notamment le spectaculaire Pont Alassane Ouattara inauguré en 2023. Des travaux d’assainissement, de drainage et de réhabilitation des réseaux d’eaux usées ont également été réalisés dans plusieurs communes du district d’Abidjan.
Mais sur le terrain, l’image reste contrastée. Entre berges boueuses, eaux stagnantes, déchets flottants et équipements inachevés, la transformation promise paraît encore loin d’être achevée.
Selon les chiffres relayés par Lebanco.net, la première phase du projet a nécessité plusieurs dizaines de milliards de FCFA financés par l’État ivoirien, tandis que le coût global du programme aurait fortement augmenté au fil des années avec l’intégration de nouveaux ouvrages comme le pont de Cocody et l’échangeur de l’Indénié.
Des populations de plus en plus sceptiques
Dans les quartiers riverains, de nombreux habitants expriment désormais leur lassitude face à un chantier qui semble interminable.
Des commerçants interrogés par Lebanco.net expliquent avoir vu défiler plusieurs équipes techniques et plusieurs phases de travaux sans constater d’amélioration majeure de l’état de la baie.
Les promesses d’hôtels, de marina moderne et de promenade lagunaire continuent d’alimenter les discours officiels, mais la réalité quotidienne reste marquée par les nuisances, les odeurs et la pollution persistante des eaux.
Une lagune Ébrié toujours « extrêmement polluée »
L’aspect le plus préoccupant demeure cependant l’état écologique de la lagune Ébrié.
Le directeur du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), le professeur Bernard Ossey Yapo, a récemment qualifié la lagune d’« extrêmement polluée », dénonçant les rejets massifs de déchets plastiques et d’eaux usées non traitées.

Selon les données citées dans l’enquête, près de 200 000 tonnes de déchets plastiques aboutiraient chaque année dans la lagune Ébrié avant de rejoindre l’océan. Des niveaux critiques de pollution ont également été relevés dans plusieurs zones lagunaires, provoquant parfois des mortalités importantes de poissons.
Face à cette situation, le CIAPOL a lancé depuis 2025 des opérations de neutralisation des odeurs et de collecte des macrodéchets flottants. Mais ces interventions restent insuffisantes pour traiter la pollution profonde des eaux lagunaires.
Un enjeu majeur pour l’image d’Abidjan
Au-delà des infrastructures, la baie de Cocody représente un enjeu stratégique pour l’image internationale d’Abidjan, qui ambitionne de renforcer son attractivité économique et touristique.
Cependant, cette enquête relance le débat sur la gouvernance des grands projets urbains, la transparence des financements publics et surtout la capacité des autorités à concilier modernisation urbaine et protection environnementale.
Dix ans après les premières annonces, la baie de Cocody demeure ainsi le symbole d’une ambition urbaine encore inachevée.

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