Alliance Rhdp / Pdci-Rda / Djédri N’goran dit non et considère les manœuvres de certains cadres comme une haute trahison (Tribune)

Par Djédri N’Goran, Vice-président du PDCI-RDA

Dans le cadre des préparatifs des 80 ans du PDCI-RDA dans le District de la Comoé, un vice-président du parti prône le dialogue avec le RHDP tout en rejetant fermement toute idée d’alliance. Il rappelle les mises en garde formulées par Henri Konan Bédié lors de ses vœux du nouvel an en 2023. Dans cette tribune, il met en lumière les acquis du PDCI-RDA dans l’Est de la Côte d’Ivoire entre 1959 et 1999 et interpelle la haute directi du parti sur sa responsabilité à batir un parti autonome et conquérant.

Alors que le PDCI-RDA s’apprête à célébrer ses 80 ans d’existence à Abengourou, capitale historique du Royaume Indénié-Djuablin et cœur du District Autonome de la Comoé, il convient de porter un regard rétrospectif sur l’apport décisif de notre formation politique à cette région stratégique de l’Est ivoirien et à l’ensemble du pays. Né en 1946 dans le creuset de la lutte pour l’émancipation, le PDCI-RDA a transformé une vaste zone forestière en un pôle agricole, économique, administratif, sécuritaire et institutionnel majeur de la Côte d’Ivoire moderne. Cet héritage constitue aujourd’hui encore une référence et une source d’inspiration pour l’avenir national.

Créé par décret en 2021, le District Autonome de la Comoé regroupe les régions de l’Indénié-Djuablin (Abengourou), du Sud-Comoé (Aboisso) et du Moronou (Bongouanou). Il compte près de 1,5 million d’habitants selon le RGPH 2021. Peuplé principalement d’Agni (Indénié-Djuablin, Sanwi et Morofouè), branche du grand peuple Akan, aux côtés des N’Zima, des Abouré et d’importantes communautés allogènes, le District incarne un modèle de cohabitation pacifique fondé sur l’hospitalité traditionnelle agni ainsi que sur la politique d’intégration et de dialogue promue par le PDCI-RDA.

Le peuple Agni de Côte d’Ivoire, qui tire son origine du Ghana, est une composante du grand groupe Akan. Il se structure en six grands sous-groupes culturels et linguistiques : Agni Sanwi (basé dans la région d’Aboisso), Agni Indénié (situé dans la région d’Abengourou), Agni Morofouè (implanté dans la région de Bongouanou), Agni Djuablin (présent dans la zone d’Agnibilékro), Agni Bona (installé dans le département de Koun-Fao) et Agni Bini (ou Bini-Barabo, présent vers Kouassi-Datékro).

Cette zone, anciennement appelée Boucle du Cacao, fut l’un des moteurs essentiels du « miracle ivoirien », faisant passer la production nationale de cacao de 62 000 tonnes en 1960 à plus de 800 000 tonnes à la fin des années 1980, permettant ainsi à la Côte d’Ivoire de devenir le premier producteur mondial dès 1978.

Dès sa nomination comme médecin auxiliaire à Abengourou en septembre 1929, Félix Houphouët-Boigny noue des liens profonds avec les planteurs et les autorités traditionnelles du Royaume Indénié-Djuablin. C’est dans ce contexte qu’il rencontre Khadija Racine Sow, dite Kady. Cette union mixte, célébrée vers 1930 et considérée comme l’une des premières du genre en Côte d’Ivoire, connaît des péripéties familiales, religieuses et royales initiales, avec une opposition de certaines parties, mais elle scelle une alliance durable entre Houphouët-Boigny et les lignages royaux Agni. Le couple aura cinq enfants (Félix junior, Augustin, François, Guillaume et Marie), renforçant les liens personnels et politiques avec le Royaume. Ces relations matrimoniales et de confiance facilitent le soutien apporté par Houphouët aux autorités traditionnelles, notamment à travers des alliances avec des figures comme Sa Majesté Essey Bonzou, Roi de l’Indénié, qui figure parmi ses soutiens majeurs durant la lutte anticoloniale.

Le Syndicat Agricole Africain (SAA), créé le 10 juillet 1944 à Treichville sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny, puise l’essentiel de sa base militante parmi les planteurs de cacao et de café du district de la Comoé, notamment de l’Indénié, du Djuablin, du Sanwi et du Moronou. Cette structure, destinée à défendre les planteurs africains contre l’injustice et le travail forcé, deviendra le noyau fondateur du PDCI, créé le 9 avril 1946. Les planteurs de l’Indénié, symbolisés par l’article historique « On nous a trop volés » publié en 1932, constituent alors un pilier socio-économique central de la mobilisation politique ivoirienne. Nanan Anzi Kokora, Roi en exercice à cette époque, a apporté un appui crucial à l’adhésion des planteurs et des populations de la région du Moronou à ce syndicat.

Autour de Félix Houphouët-Boigny se distinguent des intellectuels-planteurs de premier plan tels que Gabriel Dadié, considéré comme le doyen des planteurs, Joseph Anoma, vice-président du SAA, Marcel Lobouet, trésorier du syndicat, ainsi que Lamine Touré, Georges Kassi, Kouamé N’Guessan, Djibril Diaby et Fulgence Brou. Au niveau local, des figures emblématiques telles que Boa Thiémélé, de grands planteurs et chefs traditionnels Agni, ainsi que de nombreux Députés, Maires et Secrétaires Généraux de Sections PDCI, servent de courroies de transmission efficaces entre le parti et les populations, renforcées par des alliances matrimoniales avec plusieurs lignages royaux.

Le PDCI-RDA et la chefferie traditionnelle ont entretenu une alliance stratégique. Face aux mesures discriminatoires de l’époque coloniale, le SAA s’est mué en véritable mouvement de masse, donnant naissance en octobre 1946 au Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Pour réussir ce pari politique sur l’ensemble du territoire, Félix Houphouët-Boigny a pu s’appuyer sur l’autorité morale des souverains traditionnels comme Anzi Kokora, puis plus tard sur Nandea Ehouman (connu sous le nom de Nanan Assouma II), qui a régné à partir de 1954 sur le trône du Moronou. Durant son long règne (1954-1988), Nandea Ehouman a accompagné le président Houphouët-Boigny dans ses efforts d’unité nationale et dans les grandes politiques de Développement Agricole qui ont fait le succès économique de la Côte d’Ivoire. Les souverains du Moronou ont constamment incarné le pont entre le peuple Agni, la chefferie traditionnelle et les idéaux progressistes et rassembleurs du parti unique (PDCI-RDA).

Le Royaume de l’Indénié a été l’un des bastions du combat politique d’Houphouët-Boigny. Un parent à la tête du Royaume, Amoakon Dihyé, intronisé Roi de l’Indénié avec l’appui des autorités coloniales de l’époque, était lié à Houphouët-Boigny. Cette proximité familiale et politique a permis au leader du PDCI de sécuriser l’Est du pays. L’Indénié figurait parmi les régions ayant fourni les plus grandes contributions financières permettant de structurer le PDCI-RDA.

La crise de succession de 1942-1945 dans l’Indénié a constitué un tournant. À la mort du très respecté roi Nanan Boa Kouassi II en 1942, une grave querelle coutumière oppose le camp de Nanan Essey Bonzou à celui de Nanan Amoakon Dihyé II. Cette division interne s’est rapidement muée en affrontement politique : le camp de Nanan Essey Bonzou s’est rapproché du Parti Progressiste, tandis que le camp de Nanan Amoakon Dihyé a rallié le PDCI-RDA. Félix Houphouët-Boigny et le PDCI-RDA se sont engagés aux côtés de Nanan Amoakon Dihyé, consolidant l’influence du parti dans l’Est du pays. Après plusieurs années d’instabilité, la situation s’est apaisée, consacrant l’hégémonie du PDCI-RDA sur la région, dont les notables sont devenus de fervents soutiens financiers et politiques.

Les chefs coutumiers et traditionnels possédaient l’autorité morale et spirituelle sur les populations rurales. En rejoignant le SAA, ils ont offert une courroie de transmission indispensable pour mobiliser les paysans et les sensibiliser aux enjeux politiques. Cette assise sociologique a donné au Parti Politique qui venait de naître une légitimité incontestable face à l’administration coloniale.

Le District de la Comoé, englobant notamment les régions du Sud-Comoé, de l’Indénié-Djuablin et du Moronou, a constitué l’un des plus importants viviers de cadres politiques, administratifs et intellectuels de la Côte d’Ivoire moderne. Ces personnalités ont bénéficié de la confiance renouvelée des Présidents Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié, ainsi que du PDCI-RDA, afin de contribuer à la construction de l’État ivoirien, au renforcement des institutions républicaines et au développement économique, éducatif et social du pays.

Sous l’impulsion de ces deux grands hommes d’État, le District a bénéficié d’investissements majeurs dans les infrastructures, l’éducation, l’agriculture, l’administration territoriale et la promotion des élites locales. Cette politique traduisait la volonté du PDCI-RDA de promouvoir l’unité nationale, le mérite et l’intégration des compétences régionales au sommet de l’État ivoirien. Sous Félix Houphouët-Boigny (1960-1993) puis Henri Konan Bédié (1993-1999), l’agriculture constitue le pilier du « miracle ivoirien », avec le slogan « La route précède le développement » et une stratégie de mise en valeur des zones forestières pionnières. Les plans de développement (Plan décennal 1960-1970, puis plans quinquennaux) accordent la priorité à l’agriculture d’exportation, à l’extension des superficies et à l’encadrement paysan.

Les cultures phares — cacao, café Robusta, palmier à huile et plus tard hévéa — connaissent un essor remarquable grâce à la Caisse de Stabilisation et de Soutien des Prix des Produits Agricoles (CSSPPA), outil central de financement et de soutien aux planteurs, ainsi qu’à des structures clés comme la SODEPALM (créée en 1963) pour le développement des plantations industrielles et villageoises de palmier à huile (notamment à Aboisso, Adiaké et Grand-Bassam), PALMINDUSTRIE (1969) pour la transformation, l’IRHO pour la recherche variétale, et d’autres organismes comme la SATMACI. Dans le Sud-Comoé et l’Indénié-Djuablin, des milliers d’hectares sont mis en valeur, générant emplois ruraux, émergence d’une classe moyenne de planteurs et contribution majeure à la production nationale. Félix Houphouët-Boigny insistait régulièrement sur l’agriculture comme base du développement, allant jusqu’à offrir à l’État ses propres plantations en 1977.

La région du Sanwi, très riche en café et cacao, a vu émerger une élite agricole prospère. La crise du Sanwi (1959) désigne la tentative de sécession du royaume Agni dirigé par le roi Amon N’Douffou III, qui proclame une « République du Sanwi » en mai 1959. Après une décennie de tensions, de conflit armé et d’exil, une réconciliation est intervenue : le Roi Amon N’Douffou III a été réinstallé sur son Trône dans les années 1970 avec le soutien du Président Houphouët, scellant la réconciliation nationale.
C’EST CELA LE PDCI-RDA.

Lambert Amon Tanoh est né à Eboué, dans le département d’Aboisso, au Sud-Comoé. Instituteur de formation et grand syndicaliste, notamment secrétaire général de l’Union des Travailleurs et leader de l’Union Nationale des Travailleurs, il fut ministre de l’Éducation nationale de 1963 à 1970, puis ambassadeur en Algérie. Surnommé « père de l’école ivoirienne » pour son rôle décisif dans l’introduction de l’uniforme scolaire et dans le développement du système éducatif national, il fut député et compagnon de première heure de Félix Houphouët-Boigny. Militant engagé du PDCI-RDA, il joua également un rôle important sous Henri Konan Bédié dans la préservation et la consolidation du parti.

Mathieu Vangah Ekra est originaire de Bonoua, dans le Sud-Comoé. Député, conseiller général et chef de délégation à l’ONU dès 1960, il occupa plusieurs fonctions ministérielles, notamment à l’Information, au Tourisme et au sein des sociétés d’État. Considéré comme l’un des co-auteurs présumés de l’hymne national « L’Abidjanaise », il fut également Grand Médiateur de la République. Fidèle compagnon de Félix Houphouët-Boigny et militant historique du PDCI-RDA, il incarna pendant plusieurs décennies l’engagement du Sud-Est ivoirien dans la construction nationale.

Joseph Tadjo Ehoué est originaire de Maféré, dans le département d’Aboisso. Ministre de la Fonction publique, président de la Chambre des Comptes et premier président de la Jeune Chambre économique de Côte d’Ivoire, ce cadre technique et politique respecté servit sous Houphouët-Boigny et bénéficia durablement de la confiance du PDCI-RDA pour la modernisation administrative du Sud-Comoé.

Émile Amoikon Atta Brou est originaire d’Abengourou. Médecin pédiatre, il fut ministre des Relations avec l’Assemblée nationale, député d’Abengourou, vice-président puis président de l’Assemblée nationale. Premier président du groupe parlementaire du PDCI-RDA à l’ère du multipartisme et Grand Officier de l’Ordre du Bélier, il fut très proche d’Henri Konan Bédié et renforça le positionnement politique de l’Indénié au sein des institutions ivoiriennes.

Jean-Baptiste Mockey est originaire de Nouamou, dans la sous-préfecture d’Adiaké au Sud-Comoé. Pharmacien de profession, il fut l’une des grandes figures du nationalisme ivoirien : secrétaire général du PDCI-RDA, Vice-Premier Ministre chargé de l’Intérieur, Ministre d’État chargé de la Santé, ministre de l’Agriculture et maire de Grand-Bassam. Compagnon historique de Félix Houphouët-Boigny, emprisonné en 1949 puis réhabilité, il demeure une figure emblématique du Sud-Est ivoirien.

Bernard Binlin Dadié est originaire d’Assinie, dans le Sud-Comoé. Écrivain, poète et dramaturge reconnu comme le « père de la littérature ivoirienne », ancien ministre des Affaires culturelles et ancien élève de William-Ponty, il accompagna Félix Houphouët-Boigny dans la valorisation de la culture nationale et du patrimoine ivoirien.

Jeanne Gervais, originaire de Grand-Bassam, fut la première femme ministre de Côte d’Ivoire en charge de la Condition féminine. Pionnière de la promotion des droits des femmes sous Félix Houphouët-Boigny, elle incarne l’engagement féminin du PDCI-RDA dans le littoral de la Comoé.

Boa Thiémélé Amoakon Edjampan, originaire d’Abengourou, fut Ministre du Commerce, Ambassadeur, Vice-Président de l’Assemblée Nationale et délégué départemental du PDCI à Abengourou. Cadre influent de l’Indénié-Djuablin, il participa activement au renforcement du poids politique de l’Est ivoirien sous Houphouët-Boigny et Bédié.

Antoine Brou Tanoh, originaire de Tiémélékro dans la région de Bongouanou, fut ministre de l’Environnement et s’illustra dans la gestion des ressources naturelles.

Hortense Aka Anghui fut ministre de la Promotion de la Femme et grande figure féminine du PDCI-RDA sous Houphouët-Boigny et Bédié.

Daniel Kablan Duncan, économiste aux fortes attaches avec l’Est et le Sud-Est ivoirien, fut ministre délégué chargé de l’Économie, des Finances, du Commerce et du Plan, puis plusieurs fois Premier ministre sous Henri Konan Bédié. Il symbolise l’excellence technocratique du parti.

Frédéric Alain Ekra occupa les fonctions de ministre de la Santé publique et de la Population puis de ministre de la Santé et de la Protection sociale.

Ezan Akélé fut ministre de l’Environnement, de la Construction et de l’Urbanisme.

Ferdinand Kacou Angora, originaire de Niablé dans l’Indénié-Djuablin, fut ministre du Commerce et de l’Industrie dans les années 1990 et proche d’Henri Konan Bédié.

Timothée Ahoua N’Guetta et Théophile Ahoua N’Doli, originaires d’Aboisso et de Bongouanou, furent ministres d’État chargé des Relations avec les Institutions, ministre du Plan, de l’Industrie et du Tourisme, ainsi que diplomate de haut niveau.

Norbert Kablan Anney, originaire de Zamaka près d’Abengourou, fut ministre de l’Éducation nationale et de la Formation de base, puis ministre du Tourisme.

Marcel Aka Zirimba, originaire de l’Indénié, fut ministre de l’Emploi, de la Fonction publique et de la Prévoyance sociale.

Adou Jean-Claude Kouadio, originaire de Hérébo dans le département de Bongouanou, fut ministre de la Promotion du Commerce intérieur.

Jean-Baptiste Ayayé Aman, originaire du peuple Akan du Sud-Est ivoirien, fut ministre délégué chargé du Budget et directeur national de la BCEAO.

Ces cadres, parmi tant d’autres, illustrent parfaitement la politique d’inclusion, de promotion du mérite et de valorisation des compétences régionales portée par Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié.

Houphouët-Boigny, chef de tribu Akouè, déploie une stratégie duale associant légitimité coutumière et appareil partisan moderne. Les alliances matrimoniales et l’ouverture du PDCI aux descendants de lignages royaux facilitent l’intégration des élites traditionnelles dans le projet national. La crise du Sanwi de 1959, sous Sa Majesté Amon N’Douffou III, sera suivie d’une réconciliation réussie en 1981. Cette approche de dialogue et d’intégration se poursuivra sous Henri Konan Bédié.

Les assises du PDCI dans la Comoé reposent ainsi sur les planteurs, les élites formées, les cadres administratifs et les réseaux familiaux. Des milliers d’hectares sont mis en valeur grâce à des structures telles que la CSSPPA, la SODEPALM, la SATMACI et l’IRHO. Dès 1946, l’initiative d’envoi de 148 jeunes en France permet la formation de la première génération de cadres nationaux issus ou actifs dans la région.

À l’indépendance, d’importants investissements désenclavent progressivement la Comoé : bitumage des grands axes routiers, construction de ponts, notamment celui d’Aboisso, barrages hydroélectriques d’Ayamé I et II, électrification, Brigades de gendarmerie, écoles, lycées, hôpitaux et centres de santé. La décentralisation administrative contribue également à rapprocher l’État des populations.

Cette dynamique houphouëtiste d’intégration et de développement s’est étendue bien au-delà de la Comoé.

Le prince Kouamé Adingra, héritier du royaume du Gyaman, communément appelé royaume Bron, fut au début des années 1950 un farouche opposant politique à Félix Houphouët-Boigny avant de se rallier progressivement à lui. Après avoir consolidé son pouvoir en 1952, le prince Adingra intégra le Parti Progressiste de Côte d’Ivoire (PPCI) de Kouamé Binzème. Il s’opposa alors frontalement aux idéaux du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA) dirigé par Félix Houphouët-Boigny, cherchant à limiter l’influence politique grandissante de ce dernier au sein du royaume du Gyaman.

Cependant, après la défaite du PPCI face au PDCI-RDA lors des élections de 1956, le prince Kouamé Adingra dut composer avec l’hégémonie politique du parti dirigé par Houphouët-Boigny. À l’instar de nombreux chefs coutumiers de l’époque, il finit par se rallier au pouvoir central afin de préserver son autorité traditionnelle et maintenir son influence locale. Malgré leurs divergences idéologiques passées, le prince Adingra et Félix Houphouët-Boigny développèrent par la suite une collaboration institutionnelle. Ils participèrent ensemble à certaines missions et rencontres liées aux luttes pour les indépendances africaines. Bien que son pouvoir traditionnel ait dû s’adapter aux exigences de l’État moderne en construction, le prince Kouamé Adingra sut utiliser son prestige et son charisme pour préserver les intérêts et l’influence du peuple Bron face au pouvoir central installé à Abidjan.

Dans le Zanzan, notamment dans les régions de Bondoukou, de Bouna et du Bounkani, les chefs traditionnels, les rois et les grands planteurs constituèrent les principaux piliers du Syndicat Agricole Africain (SAA), puis du PDCI-RDA. Ils jouèrent un rôle déterminant dans la mobilisation des masses rurales et dans le financement de la lutte anticoloniale menée par Félix Houphouët-Boigny et ses compagnons. Grâce à leur influence sociale et économique, ils assurèrent l’implantation du parti à la base en sensibilisant les populations paysannes aux injustices imposées par l’administration coloniale, notamment le travail forcé, les faibles prix d’achat des produits agricoles, en particulier du cacao, ainsi que les discriminations économiques subies par les producteurs africains.

Parmi les réalisations majeures entreprises dans cette partie du pays figure la mise en service, en 1997, de la route bitumée reliant Bondoukou à Bouna. Cette infrastructure, longue de plus de 160 kilomètres, contribua fortement au désenclavement du nord-est ivoirien, favorisant un essor économique important, la fluidité des échanges commerciaux et la sédentarisation progressive des activités économiques et sociales. Plusieurs marchés, gares routières et parcs de stationnement destinés aux transporteurs et aux commerçants furent également aménagés afin de dynamiser les échanges régionaux et faciliter la circulation des personnes et des biens. Dans le même élan, plusieurs programmes d’électrification rurale et d’hydraulique villageoise furent déployés dans de nombreuses localités afin d’améliorer l’accès des populations à l’électricité et à l’eau potable.

La région du Bounkani, riche de sa biodiversité et de ses vastes espaces naturels, bénéficie également de la présence de parcs et réserves fauniques qui constituent un patrimoine écologique majeur pour la Côte d’Ivoire. Les autorités ivoiriennes ont accordé une attention particulière à la préservation des réserves naturelles et des zones protégées situées autour du parc national de la Comoé, l’un des plus importants espaces de conservation d’Afrique de l’Ouest. Ces espaces protégés ont contribué à la sauvegarde de nombreuses espèces animales, au développement du tourisme écologique et à la valorisation du patrimoine environnemental du nord-est ivoirien. La protection des réserves et des forêts classées du Bounkani s’inscrivait également dans une politique plus large de sécurisation du territoire et de préservation des ressources naturelles au profit des générations futures.

L’État poursuivit par ailleurs sa politique de déconcentration administrative à travers la construction et la réhabilitation de bâtiments administratifs, de services de sécurité et d’infrastructures publiques destinées à renforcer la présence de l’État et la souveraineté territoriale dans le grand nord-est ivoirien.

La région de l’Iffou, avec Daoukro comme épicentre politique et historique, demeure le fief emblématique d’Henri Konan Bédié. Cette région a constitué pendant plusieurs décennies le socle sociologique, politique et militant du PDCI-RDA, le plus ancien parti politique de Côte d’Ivoire, fondé par Félix Houphouët-Boigny et artisan majeur de l’indépendance du pays en 1960. L’Iffou s’est imposé comme un bastion de stabilité politique et un espace de fidélité historique aux idéaux houphouétistes.

Les régions de la Mé et de l’Agnéby-Tiassa occupent également une place importante dans l’histoire politique ivoirienne. Peuplées historiquement par les Attié, les Krobou, les Abbey et les Agni, elles furent des zones stratégiques pour l’implantation du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) dès la période coloniale. Les liens entre ces régions, Félix Houphouët-Boigny et le Syndicat Agricole Africain demeurent particulièrement forts. Les planteurs de ces grandes zones forestières constituèrent en effet la base économique et militante qui permit de financer les combats politiques contre le travail forcé, les injustices coloniales et pour l’accession de la Côte d’Ivoire à la souveraineté nationale.

Sous les présidences de Félix Houphouët-Boigny puis d’Henri Konan Bédié, la Côte d’Ivoire connut une vaste politique de modernisation et de développement. Entre 1960 et 1999, plusieurs infrastructures majeures furent réalisées afin de soutenir la croissance économique, renforcer l’administration territoriale et améliorer les conditions de vie des populations. Cette politique de développement accorda une attention particulière à l’essor de l’éducation, au désenclavement routier, à l’extension des réseaux d’électricité et d’eau potable, à la modernisation des services administratifs ainsi qu’au renforcement de la sécurité dans les régions de l’Agnéby-Tiassa, de la Mé, de l’Iffou et du Bounkani. Des marchés modernes, des parcs administratifs, des parcs automobiles et plusieurs espaces publics furent également aménagés pour accompagner l’urbanisation progressive et le développement économique de ces différentes régions.

Cet héritage demeure vivant à travers les témoignages oraux, les archives historiques et les initiatives du Réseau des Cadres PDCI-RDA « Notre Héritage ».

La Comoé illustre parfaitement le modèle houphouëtiste d’intégration territoriale : une alliance harmonieuse entre légitimité traditionnelle akan, mobilisation des planteurs et vision modernisatrice de l’État. Grâce à une gouvernance fondée sur le Travail, la Paix, le Dialogue et l’Inclusion, le District a fourni à la nation des ressources économiques décisives, des cadres compétents et un exemple remarquable de cohabitation réussie.

Quatre-vingts ans après sa fondation, le PDCI-RDA, enraciné dans le Royaume Indénié-Djuablin, invite à projeter cet héritage vers l’avenir : agriculture résiliente, formation de qualité, infrastructures modernes et renforcement constant de l’unité nationale.

Face à cet héritage exceptionnel et à cette histoire glorieuse, le PDCI-RDA affirme sa position avec fermeté.

Lors de la cérémonie de présentation des vœux du Nouvel An à Daoukro le 29 janvier 2023, le président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, a clairement exprimé que LE PDCI-RDA N’ÉTAIT PAS FAVORABLE À UNE ALLIANCE dans les conditions actuelles. Il n’a pas opposé un refus brutal, mais il a remis les compteurs à zéro en posant des conditions extrêmement strictes.

Il a exigé d’abord un bilan exhaustif et rigoureux de toutes les alliances passées avant d’envisager toute nouvelle collaboration. Il a rappelé avec force la primauté des intérêts du PDCI-RDA, parti qu’il a qualifié de « parti fort et incontournable ». Toute future alliance ne devra se faire QUE SI ELLE SERT STRICTEMENT LES INTÉRÊTS DU PARTI ET CEUX DE LA CÔTE D’IVOIRE.

« LE PDCI N’EST PAS À VENDRE À L’ENCAN », avait-il martelé. Par cette formule forte, il a averti qu’aucun sacrifice, aucune braderie des positions du parti ne seraient tolérés pour complaire à des alliés.

Ce discours constituait UNE MISE EN GARDE FERME CONTRE TOUTE COMPROMISSION. Henri Konan Bédié entendait imposer le leadership du PDCI-RDA dans toutes les discussions électorales à venir.

L’IDÉE DE TOUTES LES ALLIANCES QUI SE DISCUTENT EN DEHORS DU CADRE FORMEL DU PDCI-RDA EST UNE HAUTE TRAHISON DE LA MÉMOIRE DE BÉDIÉ ET DE TOUS NOS PIONNIERS. À CE STADE, AUCUNE PROPOSITION D’ALLIANCE N’EST À L’ORDRE DU JOUR.

J’invite les militants et sympathisants à préserver jalousement l’héritage du PDCI-RDA sans verser dans la tentation.

Abengourou, le 30 mai 2026, sera ainsi le symbole vivant de cette résilience historique transformée en projet collectif pour toute la Côte d’Ivoire.

Que vive le PDCI-RDA !
Que vive la Comoé !
Que vive la Côte d’Ivoire !

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