Côte-d’Ivoire Essy Amara Président – L’industrialisation du pays se fera avec le développement de l’agriculture

Colloque

PRAO Yao Séraphin, président du MNSEA

Depuis quelques années, les Présidents Africains ont trouvé leur slogan de campagne : l’émergence. Or l’émergence économique s’accompagne d’une industrialisation. Cette dernière ne pouvant se déconnecter de l’agriculture dans le cas de nos pays si tant est que les gouvernants souhaitent une croissance équilibrée. Il est aujourd’hui admis qu’une croissance accélérée ne peut que résulter de l’essor des activités industrielles, et celle du volontarisme, fondée ou non sur un nationalisme politique déclaré et, en tout état de cause, sur une intervention, dans l’allocation des ressources, de l’État, appelé à corriger les lois du marché qui avaient jusque-là distribué inégalement l’industrie à l’échelle de la planète.

Dans notre pays, au commencement, il y avait l’agriculture. On y produit avec un stock donné de travail et de terre. Pour une croissance équilibrée dans notre pays, l’industrie ne peut se développer que si, dans l’agriculture, la main-d’œuvre devient excédentaire suite à l’apparition d’un surplus agricole. La libération de la main-d’œuvre agricole pour l’industrie dépend donc de la croissance du surplus agricole, laquelle dépend de l’effet combiné de la croissance démographique (effet négatif, car plus de bouches à nourrir dans l’agriculture), du progrès technique (effet positif) qui recule l’impact des rendements décroissants.
Avec Essy Amara, il a le mérite d’analyser une articulation sectorielle déterminante de la transition car il intègre dans sa vision des relations entre l’agriculture et l’industrie, entre les campagnes et les villes. Sa vision s’inspire des expériences asiatiques d’industrialisation rurale, qui ont introduit la mixité d’activités à l’intérieur même des ménages ruraux, ou encore le couplage dans ces derniers des revenus de l’émigration et de l’agriculture que l’on a observé dans les économies du sud de l’Europe (Espagne). En fait, l’approche par l’équilibre interdépendant des marchés où s’échangent les productions de chaque secteur permet de tenir compte des demandes réciproques entre l’agriculture et l’industrie.

Au regard de la spécialisation primaire de notre économie, agir sur les déficits extérieurs en dévaluant à chaque fois, ne sert à rien ; ce sont des réformes structurelles qu’il s’agit d’entreprendre, notamment une réforme agraire et une redistribution des revenus pour accompagner une industrialisation volontaire.
En fait avec notre insertion défavorable dans l’économie internationale, la spécialisation primaire produit plusieurs blocages.
Premièrement, le revenu national est ponctionné par la détérioration des termes de l’échange et par le rapatriement des bénéfices des sociétés étrangères qui exploitent les matières premières.

Deuxièmement, lorsque le pays s’industrialise, il doit importer des équipements et des produits intermédiaires. Dans ce cas, l’évolution défavorable des prix à l’exportation ne peut être compensée par l’accroissement de l’offre : soit les pays n’ont pas le contrôle des volumes produits (pétrole, produits miniers), soit, s’il s’agit de produits agricoles, l’obstacle vient de la structure agraire. Le butoir de l’offre agricole limite également la disponibilité des aliments pour les salariés urbains, nourris de plus en plus par les importations.

Finalement du côté des réponses de l’offre, l’existence de structures foncières peuvent apparaitre comme obstacle à l’augmentation de la production agricole dans nos pays et la forte dépendance de l’industrie nationale de substitution des importations vis-à-vis des achats extérieurs d’intrants.
C’est pourquoi Essy Amara a décidé de faire des reformes au niveau du secteur agricole : la réforme foncière et la révolution verte. Il s’inspire de l’expérience de la Révolution verte en Inde, en Indonésie ou à Taïwan, après le Japon : de nouvelles semences à haut rendement et des méthodes culturales nouvelles (introduction d’une technologie exogène) ont modifié le rapport entre l’évolution des rendements agricoles et la croissance démographique.
Pour Essy Amara, l’industrialisation reposant sur l’exportation de produits manufacturés vers les pays développés parait plus efficace. Pour ce faire, il faut tirer parti des meilleures cartes : le faible coût de la main-d’œuvre, une législation permissive et une fiscalité dérisoire. Il faut aussi passer alliance avec les maîtres internationaux de l’industrie, de la technologie, du commerce et de la finance.

Commentaires Facebook

Les commentaires sont fermés.